Et si….?

20 décembre 2009

Ca faisait longtemps! Longtemps que je n’avais pas écrit, longtemps que je n’avais pas pensé à écrire, longtemps que je n’avais pas mis les pieds ici. Mais c’est plus fort que moi…chassez le naturel, il revient au galop!

Après une looooongue semaine de partiels (que j’ai pris le temps de réviser pour une fois) voila venu Noel! Et Rhody se dit "quelle meilleure date que Noel pour venir faire une petite apparition?" Et en me connectant aujourd’hui, j’ai pu voir les nombreux commentaires que vous continuez à me laisser après tout ce temps, vos encouragements, et je pense surtout à Fangs qui me demande de vous poster "de quoi survivre".

J’ai donc pris une bonne résolution (en plus de travailler mes cours de temps en temps)! Celle de poster un petit peu, pour cette nouvelle année qui ne va pas tarder à débuter. C’est pourquoi je vais m’efforcer de terminer The Game, de vous poster une suite à Tous sauf eux, car j’ai cru comprendre que malgré les horribles incohérences que je trouve quand je me relis, cette fic plait à pas mal de monde. Et j’ai pensé à en commencer une nouvelle, lorsque j’aurai terminé The Game (ce qui signifie : pas tout de suite XD).

 

Bref, j’ai cru comprendre que pas mal d’entre vous venaient voir ici environ une fois par semaine s’il y avait des nouvelles, et je vais vous demander de choisir : si un chapitre devait apparaitre comme par enchantement, préfèreriez-vous The Game ou Tous sauf eux?

 

Je vais essayer de m’y remettre et d’être plus régulière :)

The Game [Chapitre 28]

3 septembre 2009

Bonjour à tous! (Ou en tous cas à ceux qui sont encore là)

 

Je sais que c’est un peu contradictoire, mais me revoila avec un chapitre. Quelques difficultés et des gens pour me motiver - je pense spécialement à Louloute, même si l’on ne se connait pas plus que ça, chacun de ses commentaires est comme un grand bol d’air, et ça fait du bien - et je vous ponds la suite!

 

Je tiens de plus à vous présenter un blog, et si je le fais, c’est qu’il en vaut vraiment la peine. N’étant pas une grande fan d’histoires de vampires (je trouve que la plupart des auteurs qui tentent d’explorer le sujet ne le font pas correctement, ou pas pleinement, en tout cas), j’ai cependant trouvé dans ces textes une grande qualité de fond et de forme, mais aussi de style. En bref, ça faisait un bon petit moment que je n’avait pas eu de lecture de si bonne qualité. Je vous laisse le lien (Soie Rouge), n’hésitez pas à aller y faire un tour. Et au passage je fais un groooos bisou à l’auteur, Mélo, qui je sais passera par là!

 

Sinon, pour ce chapitre…certains vont surement le trouver tordu, voire invraisemblable, mais je me suis bien amusée, et je crois que je vais commencer à combler ceux qui voulaient en savoir un peu plus sur le passé d’Anderson, et surtout sur ce qui se passe actuellement dans l’histoire. Bonne lecture!

 

 

CHAPITRE 28

 

—– C’était ici qu’ils s’étaient donné rendez-vous. Cette nuit, Karl Anderson Singh, quinze ans, clope au bec et regard dans le vide, ne rentrerait pas chez lui. Et la raison était simple. Son être était empli d’une excitation qu’il prenait soin de ne pas laisser transparaître, par crainte de voir la réputation qu’il s’était forgée en prendre un sacré coup. Mais elle était indéniablement présente. Il l’avait fait. Certes, ça n’avait pas été volontaire. Mais le résultat était là, sous leurs yeux. De tous ceux qui se trouvaient dans la pièce, Anderson était le plus jeune. Il avait au creux de la voix cette note aigue propres aux adolescents de son âge. Mais de tous, à cet instant là, il était aussi le plus dangereux.
 
De l’autre côté, s’amusant à rouler un chewing-gum sous sa langue, se tenait un jeune homme d’un tout autre genre. Assis sur un bureau à coté d’une des nombreuses fenêtres condamnées par de lourdes planches, les yeux fermés, comme certain de ne courir aucun danger, ses cheveux sombres retombant sur son visage, il ressemblait à un figurant de tableau contemporain dont le titre aurait pu être « le calme intérieur ». Car bien que silencieux, pour une fois, Morgan ne semblait pas pour autant inquiété par la situation. Il ruminait là depuis un peu plus d’un quart d’heure, l’odeur de viande froide ne le dérangeant pas plus que ça dans son activité.
 
Anderson essayait de ne pas le regarder. Morgan. Il ne connaissait rien de lui, à part les quelques histoires qui se racontaient dans le cadre de leurs activités. Deux ans de plus que lui, le genre de force qui reste tranquille jusqu’à ce qu’elle vous saute dessus. Et pour ça, le blond se méfiait. Que pouvait-il bien se passer dans la tête de ce gars, derrière ses yeux clos et son sourire en coin ? Nul ici ne le savait, et nul ne voulait le savoir.
 
Anderson était un jeune homme tout à fait ordinaire. Ordinaire au point de ne plus prendre aucun plaisir à vivre sa vie banale. Trop banale. Il avait souvent rêvé de batailles, de guerres, de défis. Et des défis, il en avait trouvés. Deux ans plus tôt, sa mère était morte dans un accident. Il avait survécu au poids lourd qui avait percuté leur voiture, mais celle qui l’avait élevé avait succombé sur le chemin de l’hôpital. Quand il s’était réveillé, quelque chose avait fait tilt dans sa tête. La vie ne tenait qu’à un fil, un seul. Et il pouvait lâcher à tout moment. C’était si fragile. Et si simple à briser.
 
Son père avait rapidement sombré lui aussi, mais dans un autre genre de mort lente. L’alcool lui avait rongé l’âme, puis le corps. Et, à ses quatorze ans, Anderson avait quitté la maison. Ou plutôt, son père lui avait fortement conseillé de le faire lorsque celui-ci lui avait déclaré ne pas aimer les femmes, en ramenant son premier petit ami. Il avait erré un moment. La flicaille, ça n’était pas son truc, et demander de l’aide non plus. Alors aller la leur demander à eux, ça aurait été le comble du comble. Il s’était assis sur un banc, un soir, trop fatigué pour marcher encore. —–
 
Anderson cligna légèrement des paupières mais ne trouva pas la force d’ouvrir les yeux.
 
—– Il faisait froid. Et dans la rue dans laquelle il trainait, un homme couvert de sang était venu rendre son dernier souffle. Anderson ne savait pas trop pourquoi, mais à cet instant là, il avait trouvé ça beau. Une forme d’art comme une autre, mais plus expressive, plus puissante. Il ne s’était pas approché, mais eux, si. Un homme l’avait regardé et lui avait laissé le choix. Le suivre ou finir par mourir là. Et Anderson avait choisi rapidement, beaucoup trop rapidement.
 
Les semaines après ça s’étaient enchainées. Et le jeune Karl, parti de rien, avait trouvé sa place dans un cercle très fermé duquel il ne pourrait plus jamais sortir…ou dans une caisse en bois, comme le pauvre type qui était venu mourir sur le pavé. Mais il y avait pris gout. La vie n’était plus qu’une série de jeux dont il apprenait les règles. Aux côtés de celui qu’on appelait « The Game ». Le cercle était composé d’hommes et de femmes qui, durant la journée, reprenaient leurs vies respectives. Pour la plupart, de riches chefs d’entreprises qui cherchaient à pimenter une vie qui leur avait offert tout ce qu’ils avaient désiré. Mais beaucoup d’entre eux voulaient plus que ça. Ils voulaient quelque chose de plus fort. Ils voulaient être Dieu, tous autant qu’ils étaient. Pouvoir faire ce que tout le monde ne ferait pas. Ce que leur pognon ne leur permettait pas de faire. Décider de la vie, et de la mort.
 
Ceux qui entraient, parfaits volontaires, ne ressortaient pas. La nuit, on jouait. Défis, jeux de douleurs. Jeux de patience. Et parfois, mais c’était tellement rare, jeux de mort. Anderson n’avait assisté qu’une seule fois à ce dernier genre de jeux, en tant que spectateur. Il avait trouvé ça incroyable. Mais la partie humaine qui restait en lui se refusait à jouer à ça. Il avait donc opté pour des jeux de douleurs. Il en avait souvent perdus, et il en avait gagné, de plus en plus. Puis un soir, une nuit… —–
 
Les voix autour de lui, les mots qu’il ne comprenait pas. Anderson sentit une main se resserrer autour de la sienne et parvint à esquisser un sourire. Elle venait le chercher. La mort, tendre maitresse, douce amante. Enfin. Elle se décidait enfin à le prendre lui. Ou alors…
 
—– C’était ici qu’ils s’étaient donné rendez-vous. Cette nuit, Karl Anderson Singh, quinze ans, clope au bec et regard dans le vide, ne rentrerait pas chez lui. De l’autre côté de la pièce, un jeune homme mâchait un chewing-gum avec un calme hors-norme, mais personne n’osait lui adresser la parole. Morgan, le roi couronné des jeux de douleurs, reconnu de tous. Un étudiant en psychologie surement plus dérangé que ses futurs patients. Personne ne pouvait prétendre le connaitre, ce type à qui il arrivait de sauter dans tous les sens, mais qui à chaque fois finissait là, à mâcher de la gomme en lançant de temps à autre un regard à la cible qu’il s’était choisie pour le prochain défi. Et Anderson l’enviait, celui qui avait la chance d’être reconnu et craint. Cet opposé sur lequel, contrairement à lui, personne n’avait jamais du oser marcher. Mais ce soir. Ce soir lui aussi prenait son envolée.
 
Au milieu de la pièce gisait un homme. Froid, une balle dans la tempe. On attendait « The Game », on attendait le chef. Celui qui viendrait vérifier que tout avait été fait dans les règles de l’art. Ce soir, Anderson avait joué à un jeu de mort pour la première fois. Une seule balle, un barillet, presser la détente en visant son propre crâne…l’un des deux devait finir par perdre. Et il avait apparemment gagné, puisqu’il était en vie. Et sa seule envie était de jouer encore. —–
 
Une voix chaude et tremblante traversa sa tête, et il se demanda s’il l’avait rêvée où si elle avait été réelle.
 
—– Il se souvenait tellement bien du sourire de The Game quand il était arrivé, et qu’il avait donné à la question « tu veux jouer à la mort ? » la réponse « oui ». Malgré le nombre important de personnes que regroupait ce cercle quasi qualifiable de secte, rares étaient ceux qui auraient été assez timbrés pour jouer à ça. Mais Anderson n’avait rien à perdre, et tout à gagner. A chaque jeu, le gagnant prenait des crédits au perdant. Dans le cas d’un jeu de mort, le gagnant prenait les trois quarts des crédits de son adversaire, et le reste allait à The Game. Parmi les nombreuses règles qui couraient dans ces jeux, Anderson en avait choisi une : ce sont ceux qui écrasent les autres qui s’en sortent. Et il avait décidé de s’en sortir. Il avait gagné sa place, et pas n’importe laquelle. Tout fonctionnait en binôme, et on lui avait donné le meilleur coéquipier qui soit. Le plus timbré de tous. Celui qui, quand il avait entendu son nom, n’avait même pas pris la peine d’ouvrir les yeux. Et ensemble, ils avaient pulvérisé les records. Ensemble ils avaient joué. A des jeux de douleurs, des jeux de mort. Mais aussi à un jeu tout nouveau qui ensuite s’était révélé bien plus dangereux. Un simple jeu d’amitié. —–
 
Anderson cligna à nouveau des paupières et la main qui tenait la sienne se serra un peu plus. Il ne voulait pas penser, il ne voulait pas retrouver cette réalité. Il voulait continuer à croire que cette main appartenait à celui qui était mort par sa faute.
 
—– Huit ans. Huit ans depuis son premier jeu de mort et sa rencontre avec Morgan. Anderson, jeune étudiant en lettres de vingt-deux ans, héritier d’une dizaine de comptes en banque chargés à bloc auxquels il ne pouvait pas encore toucher car il était l’heureux meurtrier de leurs propriétaires, se trouvait dans une grande salle des plus animées, un verre à la main. Il avait accompagné Morgan, compagnon de toujours et seul ami, à une soirée étudiante de la fac de psychologie. Il ne s’amusait pas. Mais voir Morgan entouré était une bonne distraction. Comme à son habitude, le jeune homme mâchait son chewing-gum, laissant les autres parler et se contentant d’écouter. Anderson avait remarqué qu’il faisait de l’effet aux filles, et il s’était dit que lui aussi aurait du adopter cette attitude bovine et ruminante. Au lieu de ça, Anderson restait dans son coin avec son habituel regard froid. Morgan lui avait juré, s’il acceptait de l’accompagner, de ne pas lui imposer ses « connaissances ».
 
Mais voila. Au bras d’une jeune fille de deuxième année qui entretenait la discussion avec Morgan se tenait un adorable jeune homme. Trop jeune homme. Anderson lui donnait dix-sept ans et trouvait réellement que cette fille ne s’emmerdait pas, à sortir avec des minets frôlant la majorité. Dans un sens, elle ne devait pas non plus dépasser les vingt et un ans, et les pensées d’Anderson étaient entrainées. Le calcul s’était rapidement fait, et un plan d’action s’était préparé de lui-même au creux de son cerveau. Pour une fois, il arrivait à se dire que d’avoir tant joué n’était finalement pas une mauvaise chose, dans le sens où il pouvait maintenant monter des plans incroyables et, par-dessus le marché, réussir à les mener à bien.
 
Il s’était approché d’elle. Morgan avait compris, et il les avait présentés l’un à l’autre, bien que sachant que la jeune Adeline était loin d’être le but que son cher Anderson s’était promis d’atteindre. L’étudiant en lettres avait rapidement conclu que le jeune homme était le frère et non l’amant de la demoiselle. Il venait de prendre une décision, sans prendre le temps de calculer son coup. Une décision qui allait lui couter bien trop cher. —–
 
Anderson poussa un long gémissement, et il capta le métronome incessant des machines qui se trouvaient autour de lui. Son esprit se concentra un moment sur la main qui serrait la sienne, et il eut l’impression d’être remonté quatre années auparavant.
 
—– Anderson sortait avec Adeline et, parallèlement, il passait ses nuits entre les bras du frère de cette dernière. Il avait réellement pris conscience de la cruauté du monde quand Kim lui avait avoué que la raison pour laquelle il n’était pas toujours disponible, c’était tout simplement parce qu’il se prostituait.
 
La discussion n’était pourtant pas venue d’elle-même. Kim avait su ce que faisait Anderson, et pourquoi lui non plus n’était pas toujours là. « Personne ne devra le savoir, jamais ». Et pourtant, Kim savait tout de lui, et Anderson n’avait plus aucun secret. Un soir, après un jeu de douleur un peu trop poussé, il avait fini sur un lit d’hôpital. Morgan lui avait sauvé la mise et avait gagné la partie, mais en meilleur état que lui.
 
Ce soir là, Kim était venu le veiller, laissant tomber ses activités. Il avait serré sa main dans la sienne, et il était d’abord resté silencieux.
 
     –        Je suis désolé.
 
Anderson n’avait trouvé que ça. Il n’avait plus que ça en tête.
 
     –        Pas autant que moi…tu n’aurais pas pu choisir un autre moyen de t’exprimer, plutôt que « ça » ?
 
Kim ne parlait jamais de jeux. Juste d’un « ça » dédaigneux.
 
     –        Autre chose de quel genre ? Du genre me prostituer ?
     –        J’aurais peut-être préféré.
     –        Tu ne sais pas ce que ça fait, de partager quelqu’un qu’on aime.
 
Kim avait ri.
 
     –        Je te partage avec Morgan ! Et parfois, j’ai l’impression qu’il est bien plus proche de toi que moi je peux l’être.
     –        Ce soir, il m’a sauvé la vie.
     –        Et demain, tu peux encore la perdre…
 
Anderson avait baissé les yeux. Il ne voulait pas de cette discussion, pas maintenant. Le risque de mourir, c’était toute sa vie. Elle était basée là-dessus.
 
     –        Karl…je peux te proposer quelque chose…arrête ces jeux débiles, c’est bon, tu l’as gagnée ta reconnaissance, tu n’as plus rien à prouver. Et en échange…tu arrêteras de me partager…
 
Kim ? A lui ? Seulement à lui ? Après tant de temps, Anderson avait fini par comprendre que la prostitution, pour Kim, c’était un peu comme les jeux pour lui. Kim ne manquait pas d’argent, c’était surtout un moyen de se sentir vivant et désirable. Un moyen de se prouver qu’il avait sa place. Mais s’il pouvait le garder, pour lui seul, alors Anderson ferait tout, et n’importe quoi. Et ce qu’il allait faire, c’était surtout n’importe quoi.
 
     –        Tu sais que je peux pas, Kim…ceux qui rentrent ne sortent jamais. A moins que…
     –        Que ?
 
Il n’avait pas répondu, mais comme toujours, son cerveau avait déjà fait tout ce qu’il fallait. Le jeu le plus tordu de la création…mais s’il gagnait. Effectivement, on ne pouvait pas sortir vivant.
A moins que. —–
 
Loren tenait fermement la main de son amant, avec l’espoir de le voir se réveiller, alors que Justin se contentait de rester dans un coin de la chambre dans laquelle ils se trouvaient tous les trois. A voir Anderson s’agiter comme ça de temps en temps, il devait rêver. Et le rouquin espérait que ce soit un beau rêve. Même s’il en doutait.
 
—– Anderson était sorti de l’hôpital le lendemain matin, et il avait fait une promesse à Kim. Celle de décrocher, définitivement. « Pourras-tu continuer à m’aimer en te disant que j’ai tué ? Que tu sors avec un meurtrier ? ». La réponse avait été claire et Anderson avait souri. Effacer son passé, effacer les gens qu’il avait meurtris.
 
« Tout fonctionne par binôme. Tu seras avec Morgan. Surtout, ne lui tourne pas le dos ». Morgan avait effacé son dernier coéquipier, et Anderson avait trouvé ça génial. Et aujourd’hui, il savait qu’il pouvait lui tourner le dos, sans risque. Et ce qu’il allait faire, ça allait briser cette confiance qui s’était installée entre eux. « J’accepte tous les défis. Celui qui me tue prend ma place. Je te laisse imaginer combien ont tenté. Je te laisse aussi imaginer combien y ont survécu ». The Game. Qui tuait The Game, devenait The Game. Ce soir là, Anderson avait tenté. Il avait tenté et il avait gagné. A la déloyale, sans suivre les règles.
 
Un jeu devait toujours se dérouler entre personnes consentantes, dans le cadre du cercle, avec témoins. Anderson avait violé les trois règles en même temps. Il avait effacé The Game, pas comme l’aurait fait un joueur des plus courageux. Mais comme un meurtrier. Il lui avait tiré une balle dans la tête et avait laissé là de quoi faire accuser Morgan. Un chewing-gum de ceux qu’il avait l’habitude de mâcher, avec ADN présent à l’appui. Il savait bien que ça aurait du mal à passer. Qui irait cracher son chewing-gum sur le cadavre de l’homme qu’il aurait tout juste assassiné ? Mais pendant une bataille, il était simple d’ouvrir la bouche une fraction de seconde et de le perdre. Avoir tué The Game ne changerait rien au règlement…mais perdre Morgan, c’était sa seule chance. Pour les autres « joueurs », Morgan devenait le nouveau The Game. Pour les autorités compétentes, et puisque personne ne serait là pour faire disparaitre le corps, il devenait un assassin. Et si The Game venait à être arrêté, alors ça impliquait la fin. La fin de ce jeu. La fin de tout.
 
Anderson avait calculé. Tellement bien calculé. Morgan serait pris, il parlerait de ses activités, de cette histoire. Mais il ne balancerait pas ses copains. Et tant qu’on ne prenait pas Anderson à trainer ici, Morgan serait loin de se douter qu’il puisse être la cause de tout ça. Tellement de personnes lui en voulaient, tellement voulaient le faire tomber. Il ne penserait pas un instant qu’un ami de longue date ait pu lui faire un coup pareil. Il écoperait de ses années de taule, et quand il en sortirait, tout ça ne serait plus qu’un vieux souvenir.
 
S’il fallait gagner une partie, c’était celle-là. Et c’est justement celle-là qu’Anderson avait perdue.
 
Morgan avait aggravé son cas en supprimant l’inspecteur chargé de l’enquête et s’était fait la malle sous le nez de tous. Il avait retrouvé Anderson, et à cet instant là, il avait compris. Il avait tenté de le tuer mais n’avait pas eu le temps, ou il aurait surement réussi son coup. Alors il avait juré de lui enlever tout ce qu’il aurait de plus cher, jusqu’à sa vie, si un jour elle venait à prendre de l’importance pour lui. Puis il avait disparu. Et personne n’avait jamais remis la main dessus.
 
Deux ans plus tard, Kim était mort. Il avait fini au lit avec un homme qui avait été assassiné pendant la nuit. Anderson n’avait jamais voulu croire que Kim ait pu le tuer. Mais l’arme du crime était entre ses mains, ses empruntes plein l’appartement, et les vêtements qu’il avait laissés au sol, couverts de sang. C’étaient là des preuves suffisantes contre lui. Après quelques mois de pression, Kim s’était suicidé, et ses derniers mots avaient été des excuses, et l’expression de ses sentiments envers l’homme qu’il abandonnait. Anderson avait ramassé son corps en bas, et il avait arrêté de vivre.
 
Après deux ans, il avait accusé Adeline. Si Morgan avait voulu revenir, d’après lui, il l’aurait fait bien avant. Aujourd’hui, il n’en était plus si sur. Aujourd’hui, c’était Loren qu’il voulait lui prendre. Et cette fois, Anderson ne se relèverait pas. Il avait tout simplement perdu. —–
 
Loren caressa un instant la main de son amant, puis fixa à nouveau le mur, de l’autre coté. Son monde s’écroulait lentement, et puisque tout cela n’était qu’un jeu…
Il se laissa soupirer, loin de se douter que quelque part, un homme qu’il ne connaissait pas avait pris l’idée de le tuer.
 
 
 
*****
 
 
 
Mikhaïl attendait patiemment. Sans un bruit, allongé sur le ventre, les cuisses serrées autour de la branche sur laquelle il s’était posté pour se maintenir dans un équilibre parfait, il veillait. En contrebas, Sven aussi avait adopté une position particulière. Les jambes légèrement fléchies, les épaules en avant, le regard fixé sur le chien en face de lui. Mikhaïl lui trouvait un coté aussi attendrissant que crétin. Comptait-il réellement se battre contre une bestiole de cette taille, sachant qu’une deuxième se trouvait aussi derrière lui ? C’était aussi suicidaire que de se mettre à courir avec une tranche de rosebeef accrochée à la jambe.
 
Le brun laissa la crosse de son sniper se caller tendrement au creux de son épaule et pencha légèrement la tête. Son point d’appui était parfait, sa cible parfaitement alignée, sa concentration absolue. Mais il ne voulait pas tirer, pas maintenant. Si Sven pouvait flipper encore un peu, c’était aussi bien, lui qui avait osé lui promettre de ne pas se foutre dans la merde ce matin. « Je vais faire des courses ». Mikhail lâcha un sourire en se disant que son petit ami avait une façon très particulière de chercher de quoi remplir le frigo.
 
L’animal remonta un peu plus ses babines, affichant de terribles crocs. La première pensée du brun, qui avait l’honneur de voire la scène à travers le viseur, fut que cette belle bête avait un besoin urgent de se brosser les dents. Pour Sven, par contre, ça devait être beaucoup moins drôle, puisqu’il risquait fortement de finir en morceaux entre ces fameuses canines.
 
Au moindre geste…au moindre. Mikhail avait appris, au fil de traques interminables, que le meilleur moment pour tirer était celui pendant lequel la cible n’aurait pas la possibilité de s’écarter. Et l’animal fonçant sur Sven, si le brun réussissait son coup, il lui mettrait une balle en pleine tête sans même que le molosse ne s’en rende compte. Il remonta le canon en direction du front, prêt à changer de cible après le premier tir. Quand le premier attaquerait, le deuxième ferait de même.
 
Sven tenta un pas sur le côté, ce qui sembla ne pas réellement plaire à son poursuivant, qui se jeta immédiatement sur lui. Le blond se pencha vers l’avant, les bras repliés devant sa tête et les yeux fermés, prêt à réceptionner un monstre qui devait bien peser autant que lui, si ce n’était plus. Les secondes semblèrent être des éternités, torturées par la boule qui s’était formée au creux de son estomac. Mais pas de choc, pas de recul. Un couinement aigu, puis un second dans la foulée, rapidement, comme si…Sven n’eut pourtant pas le réflexe d’abandonner sa position. C’était rassurant, c’était trop tôt. Il ouvrit doucement un œil, un spectacle dérangeant se jouant devant lui. Le chien était allongé sur le flanc, dos à lui, la tête tournée sous l’impact d’une balle tirée de près, et Sven préférait ne pas aller voir à quoi il pouvait maintenant ressembler vu de face. Le détective n’eut aucun mal à déterminer l’angle de tir, et une étrange facilité à reconnaitre le style rapide et efficace de celui qui avait signé cette œuvre d’art. Mikhail était là, dans son dos, et Sven avait l’étrange impression de sentir le viseur pointé sur sa nuque.
 
     -     Faire des courses, hein ? Je vais te tuer…
 
Le détective savait que son petit ami avait une fâcheuse tendance à être agressif quand tout ne se passait pas comme il l’avait prévu. Mais il n’imaginait pas à ce point.
 
     -     Pour si peu ?
     -     Je connais ce type, Sven ! Je viens de buter deux de ses chiens, tu crois qu’il va m’accueillir comment ? Ces sales bêtes valent une fortune…
     -     Pas vraiment dérangeant pour un gars qui a une baraque pareille.
 
Derrière lui, Mikhail se laissa habilement tomber de la branche sur laquelle il s’était posté et calla son arme sur son épaule. Sven laissa son regard parcourir un moment le long corps métallique du sniper.
 
     -     Tu sais que cette chose est faite pour tirer à trois cent mètres, et pas à dix ? Tu m’étonne, que le chien ait une sale gueule.
     -     J’ai trouvé ça marrant !
     -     Tu mériterais que le type de la dernière fois t’arrache un œil.
 
 
Le détective sentit ce frisson si expressif parcourir le dos de son amant. Le même que ce matin là, quand ils s’étaient tous les deux réveillés dans ce petit sous-bois, où les attendait sagement le cadavre de ce qui semblait avoir autrefois appartenu à la race humaine.
 
     -     Je continue à dire qu’un homme ne peut pas faire ça ! C’était une bête.
     -     Une bête pend ses victimes, maintenant ? C’est tout simplement un homme, et tu peux remercier tous les saints que tu veux que ce fou-furieux soit avec nous plutôt qu’en face.
 
Mikhail préféra se taire. Dans tout les cas, sa plus grande envie n’était pas de le rencontrer. Il fit un pas, retournant l’animal avec son pied et l’admirant quelques secondes avant de caller une nouvelle fois son arme sur son épaule et d’avancer vers la villa qui semblait maintenant leur tendre les bras.
 
     -     C’est sur…Andréas va me tuer.
 
Sven ne répondit pas mais trouva judicieux de le suivre. C’était lui qui connaissait cet endroit, lui qui connaissait ce type. Lui qui pourrait le convaincre de « pirater » le relevé téléphonique en ligne d’Adeline. S’ils réussissaient ce coup, ils pourraient enfin en apprendre un peu plus sur ce qui générait et entretenait tout ce merdier. Mais s’ils échouaient…
 
Sven lança un regard à Mikhail, fixant ses omoplates, son dos, avec l’irrésistible envie de le prendre dans ses bras. S’ils échouaient, ce serait lui, l’homme qu’il avait cru ne jamais pouvoir embrasser à nouveau. Ce serait cet homme qu’il chérissait tant. Ce serait lui, Mikhail, qui deviendrait la cible d’un homme qui, au final, avait un cran et un gout pour l’horreur qui dépassaient les limites de l’imaginable.

 

 
*****

 

 
 
X tentait de ne pas gémir, de ne pas soupirer. Mais ces frissons le long de ses reins, cette faiblesse qui commençait à drainer ses cuisses, cette irrésistible envie d’ouvrir grand ses lèvres et de laisser sa gorge s’exprimer. Ca, il ne pouvait plus le contrôler. Il se maudissait, ce sentiment se mêlant à la perfection à la sensation de bien-être qui s’était emparée de lui et ne comptait à présent plus le laisser fuir. C’était un équilibre parfait que même lui devait reconnaitre.

 

Il se laissa tomber à genoux, face à la fenêtre, essayant en vain de concentrer ses pensées sur le jardin, au dehors. Mais cette main fine et douce ne l’avait pas lâché, et ce petit corps féminin était tombé à genoux avec lui, le buste contre son dos, un souffle chaud caressant presque timidement le bout d’épaule qui avait eu la chance d’échapper à sa chemise. Il laissa son esprit plonger alors qu’Alice, à genoux derrière lui, avait décidé de resserrer ses cuisses nues autour de lui, offrant une chaleur irrésistible à ses reins. Des dessous en dentelle caressaient le bas de son dos, sous cette petite jupe remontée, et X savait que bientôt, il deviendrait fou. Assez fou pour se retourner et la prendre avec passion, là, sur le sol, n’importe où. Elle le voulait…alors…non. Chander ne pouvait se résoudre à ça. Penser avec sa queue, ça lui était si rarement arrivé. Il avait toujours écouté sa tête. Et sa tête lui hurlait de mettre fin à ça. Tant qu’il était encore temps. Tant qu’Adeline ne les avait pas encore surpris là, lui comme un chien en manque, et Alice le caressant. Il aurait tout de même des comptes à rendre, il le savait. Son employeur n’allait pas apprécier le fait qu’il soit devenu père adoptif, et encore moins le passe temps préféré d’une demoiselle un peu collante. Ses pensées s’effacèrent lorsque des lèvres vinrent pincer tendrement son oreille, et il donna un léger coup de reins dans cette main chaude. Elle avait été si froide, cette main. Mais le mouvement de va-et-vient qu’elle entreprenait depuis maintenant un petit moment avait réussi à la réchauffer…et à le réchauffer lui. Chander déglutit péniblement et laissa ses reins exprimer leur désir. Une deuxième main se posa sur sa cuisse, en caressant l’intérieur avec une tendresse sans égale. On ne lui avait jamais fait un truc pareil. Jamais une femme ne s’était trouvée derrière lui, jamais il ne s’était senti dans une position de faiblesse…et il devait avouer qu’il trouvait ça aussi excitant que déroutant. Parce que là, à cet instant précis, Alice le tenait. Dans tous les sens du terme. Elle était seule maitresse de son plaisir, capable de le stopper net ou au contraire de le pousser sur une dernière accélération. Et à ce stade là, X sentait que si elle décidait de s’arrêter, il aurait du mal à l’accepter. Mais on ne force pas une femme, et encore moins une gamine de son âge. Ou en tout cas, il n’était pas de ce genre là. Il reconnaissait être un parfait salopard, mais il avait des limites.

 

Ses reins s’agitèrent encore, son cœur accéléra la cadence, entamant une course folle qu’il ne pourrait terminer que lorsque son corps se libérerait de cette étreinte affolante. Il se redressa, une dernière fois, la main d’Alice entamant un mouvement long mais rapide, et cette fois ses dents resserrées sur sa lèvre inférieure ne suffirent pas à masquer le long râle qui était né dans sa gorge. Puis le vide. Tout redevenait plus lent, maintenant. Tout redevenait plus doux. Et il se laissa tendrement retomber vers l’arrière, certain de trouver sa place contre un corps moins chaud que le sien, mais tellement accueillant. Il sentit les bras d’Alice se resserrer autour de lui et une main rattacher tant bien que mal sa ceinture. Des doigts fins et habiles remonter dans ses cheveux. Il le sentait, ce liquide chaud, sur son ventre, descendant sur sa cuisse…mais il n’avait pas envie de bouger. A cet instant précis, il n’en avait plus rien à cirer. Deux lèvres douces agressaient sa mâchoire, avec une lenteur infinie, le chatouillant parfois. C’était comme un doux rêve. Quelque chose qu’on ne lui avait que rarement donné, et qu’il avait refusé à chaque fois, ou presque, que quelqu’un avait tenté. Mais il ne voulait pas, pas cette fois. Il ne pouvait pas. Il avait besoin, pour une minute, de tout oublier. D’ailleurs, il ne s’en était pas rendu compte. Mais Alice, si. Il n’avait pas la tête à ça, mais elle, sans stopper ses caresses, avait tourné la tête et relevé les yeux.
 
 
     -     Eh bien, quel joli sourire !
 
Chander sembla soudainement se réveiller. Tout lui revenait. L’endroit où ils se trouvaient, ce qu’ils y faisaient, et surtout, surtout…qui venait de faire irruption dans la pièce. Une longue cigarette à la bouche, debout, se tenant bien droite, Adeline avait baissé ses yeux sur eux. Chander se releva difficilement, effaçant le soi-disant sourire qui s’était installé sur ses lèvres, abandonnant un instant Alice qui n’avait pas l’air décidée à bouger. Mais il sentait qu’il ne tiendrait pas debout très longtemps. Il avait besoin de dormir un peu. Décalage horaire, nuits blanches, et des journées à courir dans tous les sens…il n’avait plus seize ans, et cette petite partie de plaisir avec Alice avait fini de l’achever. Il ne pouvait pourtant pas sauter sur le premier canapé et fermer les yeux. Non, il lui fallait maintenant quelque chose pour faire oublier à Adeline ce qu’elle venait de voir. Ou en tous cas, pour qu’elle ne garde pas ça en tête tout au long de la conversation.
 
     -     Ils ont changé de couleur…
 
Chander avait désigne les ongles impressionnants de son employeur d’un petit signe de tête et Adeline avait lancé un regard victorieux à Alice. La jeune fille s’était alors contentée de la regarder méchamment.
 
     -     Tu as remarqué ? J’aime beaucoup quand tu me regardes.
 
Eternel séducteur, Chander se contenta d’un « faux sourire spécial accrochage d’hôtesses de l’air », qui eut pourtant l’effet inverse sur Alice.
 
     -     Mais dis-moi, Chander. C’est une discussion sérieuse. Alors si ton jouet pouvait sortir de la pièce…
 
X sentit le petit sourire de la jeune fille, qui ne s’était toujours pas levée et n’avait pas l’intention de le faire. Il disparut immédiatement lorsque l’homme ouvrit la bouche.
 
     -     Tu pourrais sortir une minute ? Ce ne sera pas long.
 
Elle se leva sans un mot et obtempéra, consciente que l’énerver n’était pas la meilleure chose à faire, mais ne se gêna pas pour marmonner toute seule une fois qu’elle eut passé la porte. Il ne savait pas pourquoi, mais à cet instant là, X avait eu une idée des plus étranges. Une idée qui aurait été loin de lui traverser la tête en temps normal. La rejoindre dans le couloir, et lui faire ses excuses. Dans un élan de fainéantise, il s’assit tout de même sur le canapé et se décida à se concentrer sur ce qu’allait lui annoncer Adeline, sans se douter que dans le corridor, une oreille s’était confortablement collée contre la porte.
 
 
*****
 
 
Son malaise aurait pu passer inaperçu, si ça n’avait pas été Sven qui marchait derrière lui. Mikhail semblait entreprendre tous les tours et détours qui leur permettraient d’atteindre la villa le moins rapidement possible. Non pas que cela commençait à agacer le détective, mais il devait avouer qu’après l’épisode des chiens, il avait du mal à tenir sur ses pauvres muscles à moitié tremblants. Il aurait aimé attraper Mikhail, se laisser tomber avec lui dans l’herbe, et se reposer au soleil, juste là. Et ça lui aurait plu, à son chasseur de têtes, il en était certain. Mais voila. Le temps leur était compté et ce n’était pas en tremblotant comme ça qu’il parviendrait à tirer Mikhail de l’énorme merde dans laquelle ils s’étaient tous les deux foutus. Mais lui, il n’avait pas d’importance. Ce qu’il voulait, c’était que son amant s’en sorte. Que ces yeux bleus restent ouverts, que ce sourire puisse encore se graver sur ces jolies lèvres. Sven était prêt à mourir pour ça.
 
Il avait longtemps cru que l’amour n’existait pas. Il avait longtemps cru que sa vie ne lui était pas si importante, et qu’il pouvait la perdre sans regrets. Mais un soir, alors qu’il avait enfin retrouvé la cible qu’on lui avait demandé de chercher, cette dernière était morte. D’une balle dans la tête. Simple, d’une précision effroyable, avec un style qui avait fait vibrer le jeune détective, jusqu’au plus profond de son âme. Il était tombé amoureux de cette ombre qu’il avait vu se fondre dans la nuit, de ce donneur de mort. De la mort elle-même, si belle dans son manteau de ténèbres. Ce soir là, Sven était tombé pour le point rouge d’un viseur sur sa poitrine, pour d’incroyables yeux bleus soulignés par la nuit. Pour cet homme qui l’avait épargné. Et, comme un papillon de nuit qui aurait eu la chance de voir le soleil se lever le matin suivant, il avait savouré la vie. Pour la première fois. Il l’avait cherché, il l’avait traqué, des jours et des nuits entières, sans dormir, sans repos. Il avait couru derrière un homme invisible pendant plus de huit mois. Mikhail, celui qui deviendrait son associé…et son amant.

 

Sven ne manqua pas à sourire en se remémorant leurs débuts. Il ne pouvait pas le perdre, il ne devait pas. Lui, qu’il avait eu tant de mal à obtenir, tant de mal à convaincre. Tant de mal à comprendre, aussi. Le brun n’avait pas le même mode de pensées que le commun des mortels. Il vivait dans un monde peuplé de GI Joes, et dont l’empereur sacré aurait pu être Action Man. Il ne voyait absolument que ça. Rares étaient les peurs de Mikhail. Et pourtant, dans son jeu vidéo grandeur nature, il concevait l’existence de créatures surnaturelles, capables de tuer les hommes. Même si cela pouvait être pratique, car il pouvait partir au combat sans aucun sentiment de peur, de regrets ou d’appréhension, Sven y trouvait un large handicap. Combien de marque son amant avait-il gardées? Combien d’impacts de balles? Combien de fois avait-il fini dans une chambre d’hôpital, entre la vie et la mort? Le détective avait peur qu’un jour le message "Game Over" s’affiche sur l’écran de l’électrocardiogramme.

 

Mais si une chose avait été belle, c’était ce sentiment qu’ils avaient découvert ensemble, l’un contre l’autre. Cette nuit où Mikhail l’avait trainé jusqu’à la maison. Cette nuit où Sven avait reçu une lame, en plein abdomen. Il ne se souvenait pas trop de ces longues heures où celui qui allait devenir son amant s’était occupé de lui. Il se rappelait d’une aiguille plantée dans son bras, de la brume qui s’était installée autour de son cerveau et des quelques mots rassurants qui l’avaient traversée. Il se souvenait de sa faiblesse, et de l’acharnement de son camarade. Il se souvenait du matin suivant, de ce matin douloureux. D’une longue semaine passée entre le chaud et le froid, pendant laquelle Mikhail l’avait veillé, sans ne jamais sortir. Et de la façon dont, tous les deux, ils s’étaient montré mutuellement à quel point ils étaient heureux d’être en vie, du moment qu’ils étaient là l’un pour l’autre. Celui qui avait été un ami était finalement devenu bien plus que ça. Mais après quelques années de vie commune et une dernière nuit de plaisir amer, Mikhail était parti. Avec l’idée de ne jamais revenir.

 

Sven essaya d’effacer ce dernier instant de son esprit. Le destin lui avait ramené celui qu’il considérait comme sa vie, et il ne le laisserait plus jamais le lui reprendre.
 
 
     -     A quoi tu penses?
     -     A toi.
 
Mikhail lui lança encore une fois le plus beau de ses sourires.
 
     -     On y est. Tu penseras à moi plus tard.
 
Le détective hocha simplement la tête et dépassa son amant, décidé à finir ce qu’ils avaient commencé, mais il fut tiré vers l’arrière et deux lèvres douces s’emparèrent jalousement des siennes. Il ferma un instant les yeux, puis les ouvrit légèrement pour croiser ceux de Mikhail. Sven était absorbé par ce bleu profond, prêt à s’y noyer. Oui. Que ces yeux bleus restent ouverts, et qu’un sourire puisse se graver sur ces jolies lèvres. Encore et encore. Il donnerait tout.
 
 
*****
 
 
Justin laissait ses pensées vagabonder. Depuis une matinée maintenant, Loren tenait la main d’Anderson, sans un mot. La seule source de mouvement dans la pièce était ce même écrivain, qui s’agitait de temps à autres dans son sommeil. Le rouquin avait une confiance infinie. Le grand Karl Anderson Singh, roi incontesté du jeu crétin, ne pouvait pas mourir comme ça, dans un simple "accident" de voiture. Avec la certitude que l’auteur n’allait pas tarder à se réveiller, Justin avait commencé à penser à autre chose. Ou plutôt : à quelqu’un d’autre. Nael aussi était du genre à se tirer de toutes les situations, mais pour une raison qui lui était inconnue, le rouquin avait du mal à se dire que tout allait bien. Il se demandait souvent pourquoi cet idiot de blond lui manquait. Leur histoire était basée sur le cul, et chacun savait qu’il n’avait pas à en demander plus à l’autre. C’était, dans un sens, aussi rassurant que c’était triste.
 
Justin espérait tout de même que Nael aussi puisse de temps en temps penser à lui. Ce n’était surement pas de l’amour, mais juste cette envie de se dire qu’une personne était à lui, et que ses pensées lui appartenaient un minimum…ou alors…Pour la dixième fois au moins ce matin, le rouquin chassa cette voix de sa tête, celle qui lui murmurait "et si ce n’était pas qu’une histoire de sexe?". L’envie de voir Nael s’était étendue en lui, mais n’avoir aucun moyen de le contacter le torturait. D’habitude, c’était le blond qui faisait en sorte de le retrouver. Où qu’il soit, quoi qu’il fasse. Il trouvait le moyen de le harceler, jour et nuit. Et aujourd’hui, alors que Justin avait envie qu’on l’emmerde, cet idiot de type en perdait l’occasion.
 
 
     -     Morgan…
 
Le rouquin tourna la tête. Si en plus de bouger, Anderson se mettait à parler, ça allait devenir folklo. Surtout si c’était pour prononcer un prénom masculin autre que celui de Loren. Justin remarqua d’ailleurs que ce dernier avait légèrement baissé la tête, sans pour autant lâcher la main de son amant.
 
     -     Tu crois que c’est qui, "Morgan"…?
     -     Pas un de tes rivaux, en tout cas.
 
Loren sembla reprendre un peu d’espoir mais ne lâcha pas l’affaire.
 
     -     Qu’est ce qui te fait dire ça?
 
Le rouquin se contenta de pouffer.
 
     -     Qui voudrait d’Anderson?
 
Le regard de Loren remonta sur lui, mais il s’y attendait. Un regard noir, rempli d’ironie. Peut-être que le brunet avait pris ça pour une insulte, même si ce n’était pas ce que Justin avait voulu dire. Mais au grand étonnement de ce dernier, la réponse du jeune homme fut directe.
 
     -     Commençons par toi.
 
Le rouquin pouffa une nouvelle fois, bien que déconcentré par l’affirmation.
 
     -     Moi?
 
Il ne savait pas quoi dire d’autre. Il aurait aimé sortir quelque chose, mais rien ne venait.
 
     -     Moi, avec Anderson? Tu rigoles? En plus, de toute façon, j’suis amoureux.
 
Le silence s’était installé dans la pièce et Justin se rendit compte que Loren ne se gênait pas pour lui lancer le plus inquisiteur de ses regards. Un regard d’enfant intéressé par le jouet qu’il savait être caché sous le joli papier cadeau. Mais il n’ouvrait pas la bouche, ôtant à son interlocuteur le plaisir de savoir ce qu’il avait pu dire de si étonnant.
 
     -     Bah quoi? Qu’est ce que j’ai dit?
     -     Amoureux.
     -     Hein?
     -     C’est ce que t’as dit.
 
Loren explosa de rire après ses derniers mots, devant le regard incrédule d’un Justin qui ne se souvenait pas avoir sorti un truc pareil. Son esprit se figea à nouveau sur Nael, et cette conasse de petite voix revint faire un tour dans sa tête, son éternelle petite rengaine tournant à cent à l’heure. "Et si ce n’était pas qu’une histoire de cul?". Le rouquin tenta de ne rien laisser paraitre, mais il savait qu’en face, Loren était loin d’être con.
 
     -     Au lieu de t’occuper de moi, essaye de penser à toi. Je ne sais pas qui est Morgan.
 
Loren baissa à nouveau la tête.
 
     -     Nael sait où est Adeline…
 
Justin se contenta de froncer les sourcils. Cette histoire ne le concernait pas. Mais il sentait bien qu’il n’y avait rien de bon là-dedans et il voyait, à l’expression que Loren portait sur le visage, qu’il ne se trompait pas.
 
     -     Et toi, tu sais où est Nael…
 
Le rouquin tourna son regard vers lui mais ne répondit pas, ne sachant que trop bien ce qu’il avait derrière la tête. Loren prit une inspiration avant de se lancer.
 
     -     Je vais rendre visite à Adeline…et toi tu viens avec moi.

 

"Te souviens-tu de quelques mots, griffonnés à la hâte, sur la couverture d’un livre ?
Je n’avais pas menti, et tu n’as plus le choix :
Certains chemins sont faits pour se croiser plus d’une fois."

Je suis venue vous dire…que je m’en vais.

8 août 2009

Piouf à tous!

Voila, je crois que tout est dans le titre! Je sais que je dois des excuses à pas mal de monde, surtout ceux qui attendaient la fin des quelques fics que j’avais en cours. Mais je ne trouve plus dans l’écriture tout ce que j’y trouvais avant. C’est comme un besoin que je n’ai plus.

Je vis depuis maintenant un peu plus d’une belle année un très joli rêve (ça fait un peu neuneu dit comme ça, mais pas grave), et je n’ai plus besoin d’extérioriser mes angoisses, mes craintes, ou quoi que ce soit. Ces moteurs qui me faisaient écrire ont disparu, et dans un sens j’en suis heureuse.

Je touche encore à ma plume de temps en temps, et peut-être qu’un jour, vous aurez dans vos magasins la suite et fin de The Game. Belle espérance que je ne promets pourtant pas.

La deuxième "excuse" que je me donne, c’est que je me suis coupée de certaines connaissances qui faisaient partie de ce monde, celui du yaoi, et de l’écriture en général. Ca m’a d’abord fait peur, et mal, mais avec du recul je me rends compte que ça m’a permis d’avancer, et aujourd’hui rares sont les moments où j’y pense. Je crois que cela a même été bénéfique pour moi (certains et certaines comprendront de quoi je parle). Cependant, continuer comme ça toute seule ne me dit rien non plus, je ne le partage pas comme j’aurais pu le partager avant (non grande soeur, je t’abandonne pas! Viendrai quand même te mettre des commentaires idiots quand tu posteras!!!).

Bref, je me consacre aux choses qui me sont chères et, contrairement au temps où j’ai débuté sur Overblog, avant de m’installer ici, j’ai des tonnes de projets, je me vois un avenir, et je veux en profiter. Non, ce n’est pas une excuse. Je suis consciente que pondre un chapitre dans la semaine ne prends pas des heures et des heures. Mais je ne vois plus ma vie ici.

Je remercie tous ceux qui m’ont suivie pendant si longtemps, qui m’ont accompagnée lors de mon transfert Overblog – Wordpress (vous êtes plus de 170 à vous être inscrits à ma newsletter, et je vous en suis reconnaissante), qui m’ont laissé des commentaires (presque 4000, qu’il m’arrive de relire sur le blog Overblog que j’ai sauvegardé sur mon ordinateur, mais que je n’ai malheureusement pas réussi à remettre sur ce nouveau blog dans leur intégralité…), qui ont su me faire sourire à certaines périodes (je pense notamment à tous les e-mails que j’ai reçus, avec des dessins, des montages, des remerciements parfois…). Ce sont surement les plus belles choses qu’un auteur puisse obtenir, et c’est aussi pour ça que je me sens triste d’arrêter tout ça.

Mais ce serait idiot et presque cruel de laisser espérer plus longtemps ceux qui espèraient encore que je puisse m’y remettre. Je n’ai pas posté de suite depuis un énorme moment déjà, et je sais que pas mal d’entre vous attendaient.

Je terminerai en disant que j’ai passé de très bons moments ici, et que je me vois mal supprimer ce blog. Il va rester là, comme il le fait depuis des mois déjà, sans suites ni nouvelles, mais je ne peux pas le supprimer. Il y a trop de souvenirs ici, et je sais que ce que j’ai aujourd’hui, ce qui m’est le plus cher, c’est ici, et grace à ça, que je l’ai obtenu. 

Je vous souhaite à tous ce qu’il y a de meilleur et vous remercie encore de l’attention que vous avez porté à mes textes, mais aussi à ma personne. Pour ceux qui auraient encore envie de me contacter, je suis disponible de temps en temps sur msn, rhode@live.fr. Et je n’ai rien contre une discussion, surtout quand il s’agit de mes (ex…)-lecteurs.

Bisous à tous.

 

Rhody goes to Dreamland

29 juin 2009

A partir de Samedi, Rhody (oui, elle va recommencer à parler d’elle à la troisième personne!) va être très occupée…en fait elle sera même carrément absente mais il faut pas le dire. Mais elle a récupéré toutes les données de son ordinateur, ce qui va lui permettre de vous afficher une petite suite d’ici après-demain!

 

 

Après ça, malheureusement, ce blog va rester sans activité jusqu’en septembre…mon mois de juillet va couler en mode faignasse (avec mon z’homme, donc pas de suite!), ce qui va me permettre de me remettre de mon divorce avec ma femme, et je bosse en Aout…Oui oui, je me trouve plein d’excuses!

 

 

Mais rassurez-vous, après ça, j’essairai de carburer un peu!!

 

 

Je voulais souhaiter des bonnes vacs à tout le monde et………….BISOUS!!! (Surtout à ma grande soeur si elle passe par là).

Annonce importante

20 juin 2009

Avant tout…(l’annonce importante est un peu plus bas!)

Et bien voila. Aujourd’hui, j’avais envie de vous pondre la suite de The Game. Je remercie d’ailleurs les lecteurs qui m’ont laissé des commentaires, ça a été un réel plaisir pour moi, qui avais peur d’avoir découragé tout le monde. MAIS (car, comme à chaque fois, il y a un mais) mon crétin de PC portable a eu un problème technique et s »est depuis mis en congé maladie.

 

Je recommande d’ailleurs à tous ceux qui ont des ordis portables de la marque HP de faire gaffe, car d’après ce que j’ai pu lire sur internet, c’est épidémique (ou alors ces saletés se sont passé le mot et sont maintenant tous ligués pour devenir les maitres du monde et détruire l’humanité mouahahahaha). Bref, si l’ordi fonctionne correctement (oui, j’entends les sons de démarrage, je peux même taper le mot de passe à l’aveuglette et entendre les petits bruits!) il n’en est pas de même de l’écran. La totalité des pixels est morte…à croire qu’ils se sont concertés pour leur suicide collectif (j’ai eu de la chance, ils ne se sont pas mis chacun une ceinture de C4…). Vous allez bien sûr me dire "et en quoi ça nous regarde"…eh bien mes textes sont sur cet enfoiré d’ordi, et comme j’y vois rien…bah ils sont encore là mais je peux même pas aller les trouver!! Donc je cherche une solution, je pense que je ne vais pas tarder à aller casser l’écran LCD de papa maman pour essayer de le brancher en écran secondaire sur mon gentil HP…

 

MAIS IL Y A UN AUTRE MAIS!

 

En effet, si sur cet ordi se trouve votre suite de The Game, se trouve aussi…la version retravaillée de Lost Boys! Une version retravaillée? Pourquoi donc? Et bien tout simplement parce qu’il va être publié! Je vous vois déjà venir : "pourquoi acheter quelque chose qu’on a déjà lu?". Des modifications plus ou moins légères ont été apportées (non non, l’histoire est tout de même restée la même, bien heureusement).

 

J’ai contacté une illustratrice de talent (j’ai nommé Anna Raven, son site ici), qui a gracieusement accepté de travailler pour moi et qui va réaliser la couverture. 

 

Comme tout auteur, j’avais pensé à contacter un éditeur. Je m’étais donc tournée vers les Editions Muffin…mais je crois qu’au final, Muffin n’est pas une maison d’Edition et manque cruellement de sérieux. Les Editions Gay et Lesbiennes semblaient alors une bonne alternative. Mais malheureusement, j’ai aussi l’impression que ce n’est pas ce qu’il me faut. C’est pourquoi j’ai décidé que plutôt que de proposer mes textes à une maison d’Edition quelconque, j’allais m’auto-éditer, et tout gerer de A à Z. Et je dois avouer que ça me passione. Une épreuve (prototype) a été imprimée, je la trouve, ma foi, pas exceptionnelle et c’est pourquoi je vais me tourner vers un autre format qui je pense sera plus esthétique.

 

Les prix ne sont bien sûr pas encore définis, et j’essaierai de combler tout le monde avec des tarifs abordables. Un e-book sera d’ailleurs disponible, car il est vrai (et dans un sens logique) que cette fiction va disparaitre du blog. L’e-book et la version papier seront en vente ici-même.

 

Je suis en ce moment sur l’écriture d’un roman plus hétéro mais aussi plus "action", qui lui sera proposé à un éditeur. Croisez les doigts pour moi!

 

En attendant, j’aimerais savoir si il y a quelques interessés, que je me fasse une idée du nombre!

 

Sur ce, je vous souhaite de bonnes vacances pour ceux qui ont déjà déserté les bancs des écoles et universités, et une bonne chance pour le bac, pour ceux qui le passent cette année…on est avec vous!

The Game [Chapitre 27]

16 juin 2009

Non?? Serait-ce un chapitre?? Eh bien oui, après cette longue absence me revoila avec un bout de texte. Il n’est pas bien long, mais j’avais envie d’écrire, j’ai peut-être perdu quelque chose au niveau du style ces derniers temps, je ne sais pas, à vous de me dire (même si j’avoue que ce chapitre n’est pas ultra intéressant -_-).

 

Désolée aussi si je vous oblige à chaque fois à relire le chapitre d’avant…j’essairai d’être moins longue dans mes publications la prochaine fois…

 

Milou-chan> J’ai trafiquoté dans les paramètres, j’espère que ça a arrangé tes problèmes de newsletter…sinon fais-le moi savoir!

 

Je tiens à remercier les auteurs des nombreux mails que j’ai reçus (certains m’ont même fait des dessins, montages, etc…j’en parlerai dans un article un peu plus tard et m’étendrai en remerciements, donc ceux qui ont des choses à me donner, n’hésitez pas, ça fait toujours plaisir!). Ca me motive énormément de voir que tant de gens apprécient ce que je fais, et c’est aussi pour ça que j’aurai une autre nouvelle à vous annoncer un peu plus tard mais….chuuuuut. C’est un secret, pour le moment!

 

Bonne lecture à tous! (Enfin, à tous ceux qui sont restés ^^)

 

 


Chapitre 27

 

 

Sven s’était réveillé à l’aube. Le soleil lui avait fait l’honneur de se glisser sur sa peau aussi tendrement que la main de Mikhail s’était glissée dans ses cheveux. Ca lui avait tout de suite rappelé ces matins d’été, des années auparavant. Ces fameux jours où le soleil ne semblait vouloir se lever que pour eux, après une longue nuit d’amour. Il avait croisé un regard océan, légèrement endormi, mais son propriétaire toujours assis sur le canapé au milieu du salon. Avaient-ils passé la nuit là ? Sven s’imaginait bien le scénario. Il s’était endormi comme un ange, juste là, la tête sur les genoux de son amant, et ce crétin de première n’avait pas eu le courage de le réveiller.

 

Il s’était levé, s’était préparé un petit déjeuner et l’avait savouré comme un condamné des couloirs de la mort aurait savouré son dernier repas. Puis il avait eu une discussion avec Mikhail, avant de sortir de l’appartement et de le laisser là, plongeant dans un monde plus doux que celui qu’ils auraient sûrement à affronter quand Adeline se rendrait compte de ce qu’ils s’apprêtaient à faire. Les mots de son amant avant son départ l’avaient touché, cette attention qu’il lui portait, sa façon de s’inquiéter. Son simple « je t’aime » avait résonné dans sa tête, encore et encore…et il y résonnait toujours, effaçant son habituelle prudence et l’empêchant de se concentrer réellement sur son but actuel.

 

Car en effet, après avoir prétexté une furieuse envie d’aller faire des courses pour remplir le frigo, Sven marchait maintenant sur la longue artère qui traversait un magnifique jardin. Le jardin. Son regard balayait calmement les deux cotés du chemin, de droite à gauche, inlassablement. Sven se contenta de prendre à gauche, avant qu’un grillage d’une taille impressionnante ne lui coupe à nouveau la route. Appuyer sur les sonnettes, ce n’était pas vraiment son truc. Il avait toujours préféré entrer sans se faire remarquer, jauger la situation, et ne se mettre à découvert que si la sécurité se révélait suffisante. Mais il devait avouer que sur ce point là, la propriété dans laquelle il tentait de s’infiltrer était des plus étranges. Il avait déjà eu l’occasion de sauter un premier portail, et il se retrouvait maintenant en face d’un grillage. Il chercha un moyen de passer au travers, conscient que l’idée de passer par-dessus était plutôt folle, au vue de sa hauteur.

 

Après quelques coups de pied qui n’avaient pas servi à grand-chose, à part à lui tordre à moitié une cheville, il se décida à longer l’obstacle jusqu’à ce qu’il puisse y trouver une quelconque faille. Si Mikhail avait été avec lui, il aurait surement piqué une crise de nerfs, lui qui préférait l’action à tout le reste et qui ne pouvait pas supporter de rester calme. Mais le blond lui avait ordonné de ne pas bouger ses fesses du canapé, ce qui avait considérablement énervé son amant. Il avait cependant juré de ne pas quitter l’enceinte sécurisante de l’appartement. Même s’il ne voulait pas l’avouer, Mikhail n’était pas rassuré par la situation dans laquelle ils se trainaient tous les deux. Et même s’il voulait encore moins l’avouer, Sven craignait que la suite des évènements ne reste pas si simple. Ses doigts continuaient à frôler le grillage, autant que le faisaient ses yeux, à la recherche de la moindre marque de faiblesse. Du moindre passage. Sans réfléchir plus longtemps, il se glissa sous les fils de fer défoncés, son esprit toujours tourné vers son amant. Il aurait aimé oublier tout ça, revenir à l’époque où ils n’étaient que deux jeunes cons qui croyaient encore que « détective » ou « tueur à gage », c’étaient des boulots simples, bien rémunérés, et avec la classe en prime.

 

Quelques pas. Il n’eut pas le temps d’en faire plus. Un grognement. Un son semblable à celui qu’il venait d’entendre s’échappa de sa gorge. Comment avait-il pu être dans la lune au point de ne pas se douter de ça ? De ne pas remarquer ça. Un chien. Il fallait être con, tellement con. Un portail, deux rangées de grillage…il aurait dû se dire qu’il y avait encore une étape derrière.

 

Le blond fit exactement le contraire de ce que n’importe quel autre crétin aurait fait. Il avait décidé de rester là, immobile, les yeux rivés dans ceux de l’animal. Il ne l’impressionnerait pas, mais il savait que s’il se mettait à courir dans l’autre sens, cette sale bête se ferait une joie d’entamer un concours de vitesse avant de lui sauter à la gorge. L’envie de fuir était pourtant là, car il savait que dans les deux cas, il allait passer un sale quart d’heure…ou pire. Un frisson traversa son corps tout entier. Frisson qui, il en était conscient, n’avait pas échappé à son futur poursuivant. Les animaux avaient un don pour ça. Savoir quand ils avaient l’avantage, quand ils étaient menacés…et quand il fallait frapper. Devant l’énorme monstre qui se tenait en face de lui, Sven se sentait l’âme d’un chaton dont l’espérance de vie viendrait de chuter de manière spectaculaire. Noir et fauve, soixante-dix bon centimètres au garrot, une masse musculaire imposante et un museau aplati qui lui permettrait de garder la gorge de sa proie serrée dans sa mâchoire puissante, et ce sans risquer de s’étouffer. Sven était conscient que ses chances de s’en sortir sans bobo étaient proches de zéro. Il pensait déjà à la scène de ménage que lui ferait Mikhail quand il rentrerait. Si il rentrait.

 

L’animal poussa un nouveau grognement, long, interminable, toutes dents dehors. Le cœur de Sven s’accéléra et il tenta un pas, avant de se retourner brusquement. Derrière lui, à pas plus d’un mètre, un deuxième cauchemar aux yeux noirs comme la mort s’était posté devant la sortie, lui coupant sa seule chance de battre en retraite. Sa seule chance de s’en sortir.

 

 

**********

 

 

X se gara rapidement devant une grande propriété, laissant la voiture entre deux arbres pour éviter qu’on ne la remarque trop. Il en descendit le premier, et cette fois Alice avait retenu la leçon. « Tu me laisses descendre, et s’il n’y a pas de danger, tu peux descendre aussi ». Elle attendit donc quelques secondes avant d’avoir la permission d’ouvrir la portière.

 

     -    Où est-ce qu’on est, au juste ?
     -    Mon employeur.

 

Alice sembla rester calme, mais Chander savait que la voix du téléphone ne l’avait pas rassurée. Il n’avait pourtant aucune envie de lui dire que l’employeur qu’il allait visiter n’était autre qu’une femme. Une femme qui avait le soutien de l’homme auquel il obéissait et pour lequel il aurait tout donné…du moment que les virements sur son compte en banque ne s’arrêtaient pas. Il prit le chemin du perron, invitant la gamine à le suivre. Hors de question qu’elle reste devant la voiture. Tout cette histoire compliquée contenait un nombre impressionnant  de personnes qui auraient pu la flinguer au moindre mouvement, même si elle pouvait justifier être extérieure à tout ça. Ce comportement protecteur lui tapait un peu sur le système, mais il devait avouer s’être un peu attaché à cette chose qui parlait tout le temps. Elle attrapa son bras avant qu’il ait eu le temps de frapper à la porte.

 

     -    Tu me protèges ?

 

Il ne savait pas vraiment de quoi cette gamine avait peur, et il ne savait pas non plus ce qu’il devait répondre à la question. Il se contenta donc de hocher la tête.

 

     -    De tout.
     -    Tout ?

 

Elle devenait chiante, avec ses questions. Et Chander détestait perdre du temps en sérénades et autres galipettes.

 

     -    Oui, tout. Tout ce qui pourrait te faire peur. J’en sais rien moi. Les araignées, les cafards, les monstres sous ton lit, le vilain yéti, le père fouettard…
     -    Quel courage…

 

Chander laissa un sourire s’afficher une fraction de seconde sur son visage et reprit un air plus sérieux. Il frappa à plusieurs reprises et un homme vint leur ouvrir, élégant, jeune. X lança un regard à la jeune fille avant d’entrer. Elle le suivait sans l’ouvrir, pour une fois, et le jeune homme s’empressa de les guider jusqu’au salon.

 

     -    Madame sera disponible d’ici quelques minutes. Si Mademoiselle désire quelque chose ?

 

Alice se contenta d’un non de la tête, les yeux toujours rivés sur le jeune homme en face d’elle. X ne savait pas pourquoi, mais voir sa jeune partenaire regarder ce pauvre mec comme ça avait le don de l’énerver. C’était ce regard là. Ce regard qu’elle lui avait lancé pour la première fois, à l’aéroport. Un sentiment qu’il ne connaissait que trop bien s’emparait doucement de lui. De la colère. Et plus il en cherchait l’origine, plus elle devenait grande.

 

     -    Et Monsieur désire quelque chose ?
     -    Que tu sortes de là.

 

Un air d’incompréhension s’afficha sur le visage du jeune homme qui fit tout de même demi-tour et quitta le salon. Alice ne releva pas. Elle se contentait de ne pas faire remarquer à l’homme en face d’elle qu’il avait réellement l’attitude du parfait petit-ami jaloux.

 

     -     Tu y as été un peu fort avec le monsieur.
     -    Et toi tu y vas un peu fort avec tous les messieurs que tu croises !
     -    C’est un problème ?

 

X s’accrocha du mieux qu’il put au dernier nerf encore calme qui habitait son corps.

 

     -    Non. Je m’en balance.

 

Alice lui lança un sourire réjouit, ce qui eut le don de l’énerver un peu plus et de l’exciter légèrement. Ce que cette chieuse pouvait être mignonne, quand elle souriait. Il aurait voulu rester là à regarder ce sourire, ces fossettes qu’il trouvait étrangement charmantes, et ces lèvres roses. Il les avait goutées, et comme tout requin blanc qui avait eu la chance d’arracher un bout de chair tendre à un être humain, il avait envie d’y retourner, d’en avoir plus, encore plus, toujours plus. Ils étaient seuls dans un salon, il y avait des canapés. Des canapés confortables d’ailleurs. Des images remontèrent dans sa tête. Celles d’une robe ouverte sur de jolis sous-vêtements noirs, d’un corps à mi-chemin entre la femme et l’enfant, de cette tendresse que la langue d’Alice avait mise à caresser la sienne. Il était un homme, après tout. Et un homme avait besoin de tendresse. Et de chaleur, aussi. Il se leva calmement, tentant dans un dernier effort de ne pas s’imaginer sa langue se glissant ailleurs qu’entre les lèvres entrouvertes de la jeune fille. Mais, au creux de ses pensées, cette fichue langue était rapidement descendue dans son cou, et plus bas encore. Un frisson traversa ses reins, lui arrachant un soupir. Souffler, il devait juste souffler et penser à autre chose. Mais rien que la présence tentante de cette gamine dans la pièce suffisait à le maintenir dans cet état. Il espérait, maintenant. Il attendait avec impatience qu’Adeline fasse son entrée, et que sa voix haut perchée et hautaine fasse redescendre son baromètre à zéro.

 

Il se tourna face à la fenêtre et fit mine de regarder le paysage. Lui sauter dessus, ici, maintenant. Parce que depuis un moment, il n’avait pas touché à une femme. Ni même à un homme, ce n’était pas son genre. Ni à un animal, expérience qu’il n’avait pas vraiment envie de tenter. Bref. Sa main avait été sa seule source de plaisir depuis un bon moment déjà. Son attitude le rendait coupable autant qu’elle le frustrait. Elle avait dix-sept ans. Dix-sept petits printemps et lui trente-deux. Il prit à nouveau une grande inspiration. Il allait se calmer, il devait le faire.

 

     -    Ca va ?

 

Sur ce coup là, il avait envie de la traiter de tous les noms, en commençant par « salope ». Elle le savait. Qu’il faisait un énorme effort pour se détourner d’elle. Qu’il avait une trique plutôt douloureuse. Et elle se permettait de lui ronronner dans les oreilles, d’une voix toujours plus sensuelle.

 

     -    Pourquoi tu fais ça ?
     -    T’es pas le seul à avoir envie.
     -    J’ai pas…pas envie…

 

Il la sentit s’approcher, dans son dos, lentement, comme un félin furtif qui finit par se jeter sur la cible…et ne lui laisse aucun moyen de se défiler.

 

     -    Ah oui ?

 

Les bras de la jeune fille l’encerclèrent et son cœur s’emballa. Une main frôla son bas-ventre à travers sa chemise, avant de se laisser tomber un peu plus bas.

 

     -    Alors ça, c’est quoi ? Un cadeau pour moi ?

 

Il ne devait pas. Surtout pas. Ne pas entrer dans se jeu, ne pas faire quelque chose qui pourrait lui porter préjudice. Il ne savait pas qui elle était. Il savait simplement qu’elle était mineure, et qu’en plus de le rendre coupable juridiquement, la toucher le rendrait coupable aussi moralement.

 

     -    Non…

 

Elle laissa ses yeux se fermer légèrement mais ne stoppa pas ses caresses, les amplifiant même, fière de lui arracher un soupir.

 

     -    Pour moi ?

 

Elle voulait qu’il le dise. Il le savait. Et il ne le dirait pas. Et s’il ne le disait pas, s’il ne répétait pas ces mots, elle le laisserait continuer à souffrir le martyre, tout seul, dans son pantalon bien trop serré. Elle retournerait s’asseoir dans le canapé et ferait peut-être même la gueule. Et c’était mieux ainsi.

 

     -    Pour moi ?
     -    Arrête…

 

Combien de temps sa force d’homme pourrait tenir avant de se changer en faiblesse ? Il était homme, il était faible, et, comme tout homme, trop réceptif à ce genre de caresses. Elle insista. Une dernière fois. Il fallait résister une dernière fois. La caresse s’amplifia encore, le rendant presque fou.

 

     -    Pour moi ?

 

Chander laissa ses yeux noirs se fermer et un soupir traversa encore une fois ses lèvres.

 

     -    Pour toi…

 

C’était vraiment la pire idée qu’il avait pu avoir. Parce que quelque part dans cette maison, Adeline savait ce qu’ils étaient en train de faire tous les deux. Et quelque part, à des milliers de kilomètres de là, un homme surveillait ses pions avec attention. Alice ne pouvait plus s’enfuir. Il avait merdé.

 

 

**********
 

 

 

Anderson avait passé la moitié de sa nuit à boire et à feuilleter des annuaires. Il cherchait un numéro de téléphone, une adresse, n’importe quoi. N’importe quel élément qui pourrait le mettre sur la piste. Sa première idée avait été de se ruer jusque chez Adeline, de la défoncer, une bonne fois pour toutes, en s’assurant de lui faire cracher l’endroit où son adversaire se trouvait. Puis, une fois ses nerfs calmés par la fraicheur de la nuit autour de lui, il s’était tourné vers une solution moins dangereuse. Mais ô combien moins efficace. Il s’était tapé chaque ville, chaque coin paumé de l’annuaire. Et celui sur le net aussi. Mais rien. La liste rouge était quelque chose de pratique pour ceux qui cherchaient à ne pas être retrouvés. Où alors…était-il toujours à l’étranger ?

 

L’écrivain savait que son adversaire était fort à ce genre de jeux, pour avoir joué à ses côtés durant des années. Mais contrôler une partie sans même être sur les lieux, c’était impressionnant. Celui qui s’était auto-surnommé « The Game » se rendait-il au moins compte du bordel qu’il foutait ici ? Anderson sentit une pointe de culpabilité traverser son intestin, son estomac, sa gorge, et finir sur le sol, à coté de la voiture, dans une marre d’aliments rongés par les sucs digestifs, et d’alcool. Depuis combien de temps n’avait-il pas gerbé après une cuite ? Sa pensée alla immédiatement à Loren. S’il l’avait vu comme ça, le jeune homme aurait surement perdu toute son admiration pour lui.

 

     -    Je suis humain, merde…je gerbe comme les humains…

 

Il crut entendre une voix lui répondre, mais se rendit vite compte que ce n’était qu’une hallucination dans son petit monde. Combien de bouteilles avait-il descendu ? Il ne se souvenait plus. Il se souvenait avoir tiré. Il se souvenait de Loren. Lui avait-il tiré dessus ? Le dégout fit rapidement place à la panique, puis la panique entraina la colère.

 

L’envie de remonter en voiture fut plus forte que le reste. La plus grosse connerie de sa vie était surement de s’opposer directement à son adversaire. Il était bien plus fort que lui. Mais c’était aussi la meilleure façon de faire capoter son plan. Il se replongea quelques années en arrière alors que l’Audi s’engageait sur le boulevard. Si seulement il avait fermé sa gueule, à la fin de ses années de lycée. Il était clair qu’aujourd’hui, au vue des résultats, s’il avait pu retourner dans le passé, il aurait agi différemment. « C’est toi, le salaud de l’histoire ». La voix de son ancien camarade martelait à nouveau ses tympans. « C’est toi qui mérite la taule ! ». Anderson ne put s’empêcher de lâcher le volant, amenant ses mains à sa tête comme pour faire fuir le timbre grave qui s’était emparé de son esprit. « Tout, je t’enlèverai tout ce qui sera important pour toi, tout. Jusqu’à ta vie ». Le temps s’était arrêté autour de lui. Il ne sentait plus rien, n’entendait plus rien. Juste son cerveau qui repassait en boucle une vieille cassette remplie de paroles qu’il aurait voulu oublier. Son pied embrassa la pédale de frein, mais trop tard. Anderson n’avait pas senti le bas de caisse heurter le talus, ni même la voiture s’encastrer dans le tronc d’un grand chêne sur le bord de la route. Tout était allé si vite. Il cligna des paupières, se raccrochant à un dernier brin de réalité, avant de s’endormir. Sur le bord de la nationale qu’il avait traversée à une vitesse inouïe, dans une voiture accidentée, Anderson était plongé dans un sommeil profond. Beaucoup trop profond. Perdu au milieu de ces voix d’enfants. De ces enfants cruels qu’ils étaient.
 

 

« Toi, moi, nous sommes loin d’être comme eux,
Choisis un pion, une carte « mort » et un lieu,
Un, deux, nous allons faire un jeu… »

Skelanimals

18 avril 2009

Bon, nous y voila. Nouveau design (oui, je sais ce que vous allez me dire. "A part des design, tu nous ponds pas grand chose en ce moment"). Et c’est vrai, je n’irai pas vous contredire…mais, car il y a un mais, je suis en train d’écrire le prochain chapitre de The Game. Pour Tous sauf eux, ceux qui l’attendaient devront encore patienter. Je suis dans un état d’esprit plus assassin que rigolade, ce qui explique pourquoi j’ai plus de facilité à me pencher sur la fic sombre, en ce moment.

 

Bref, pour ce qui est du design, oui, ça fait très chambre d’hôpital. J’avais envie de blanc, de noir, bref, je me refais sur mon blog cet univers Black&White dans lequel je vis en ce moment.

 

Mais pourquoi vous ai-je donc dérangés? Pas pour ENCORE vous les casser avec le design, au moins? Non non, c’est juste pour mon petit coup de coeur du moment. Ca fait un moment que je les connais, mais plus je les regarde et plus j’en ai envie. Ce sont….les Skelanimals. Des petits squelettes d’animaux tous gentils, il y en a de toutes sortes…j’ai adopté le Pingouin, adoptez-en….Dead animals need love too!

 

 

 

 

PS : La prochaine fois….je veux le chat!!!!

 

 

Pour ceux que ça intéresse, je vous laisse la plaquette, ils doivent tous y être…je crois! Ainsi que le lien du site officiel ^^

 

 

Alors? Sont-y pas meugnons?

Aeon [One-Shot]

28 février 2009

Nous y voila. Je pensais ne pas le poster, tout simplement parce que je ne l’aimais pas beaucoup. Il traine en longueur, il n’est pas forcément agréable à lire…mais aujourd’hui, je vous le mets, pour ceux que ça pourrait intéresser. Je suis dans une phase où j’ai mal (je suis habituée, me direz-vous) mais surtout, et ça c’est plus difficile à avouer, dans une phase où j’ai peur. J’ai été balancée sur cette petite route sinueuse qu’on appelle la vie, je regarde vers un avenir incertain, je distingue mal les formes. Je me dis que peut-être, il n’y en a pas. Enfin bref, tout ça pour dire que la retenue que j’avais à poster cet OS s’est envolée.


 

 

Aeon [One-shot]

 

 

Il faisait froid ce soir là. Froid et humide. Habituée au petit café en bas de chez moi, je m’y étais réfugiée, profitant de ce cocon chaleureux pour avaler un ou deux verres. Si une chose me plaisait, ici, plus que d’attirer l’attention sur moi-même, c’était d’observer. Admirer ces pauvres moutons de panurge qui s’entouraient et suivaient le rythme des autres, me glisser en eux. Penser comme eux. Penser à leur place. Pour au final me dire en souriant qu’ils auraient pu l’avoir, la demoiselle qu’ils essayaient tant de draguer près du bar, s’ils avaient été moins cons. S’ils avaient été moi. Moi. Sujet intéressant. Ma grande gueule et mon caractère bien trempé m’avaient valu l’immense bonheur de voir mes amis de longue date s’éloigner. Ce qui au final n’était pas plus mal, car il fallait bien avouer qu’ils commençaient à devenir encombrants. Mieux valait s’offrir de simples « potes », comme ils disaient. Des gens dont la seule utilité était de se retrouver près de moi lorsque je n’avais personne de plus important à trainer derrière. Mais ce soir là, j’avais préféré ma solitude à tout le reste, sirotant alternativement et avec conviction un whisky coca et un malibu généreusement échangés contre un billet de cinq euros, durement obtenu à la sueur du front du distributeur de billets à l’angle de la place de la Bourse. « Place de la Bourse ». Ce nom m’avait toujours autant amusé qu’il m’avait répugné. J’avais d’ailleurs trouvé bon d’ajouter qu’avec la chute de cette même bourse, je risquais de ne pas me trouver ce soir un étalon capable de faire le tour de l’hippodrome en un temps record. Cet endroit était plutôt un lieu de rendez-vous pour canassons incapables de marcher encore droit, et bourriques en tous genres. C’était là encore l’une des raisons pour lesquelles je préférais rester seule, plutôt que mal accompagnée.

 

 

Non, bien sur que non. Ma vie ne s’était pas toujours résumée à cette amertume et à ces airs cassants. Loin dans mes souvenirs, j’avais été une jeune fille tout à fait normale, habillée comme les autres, partageant les mêmes idées et discussions que toutes ces autres gamines de quatorze ans qui pensaient que le prince charmant ressemblait à Léonardo Di Caprio, et Dieu à George Clooney. Mais la vie était bien trop courte. Ou au contraire bien trop longue. Ou peut-être un mélange des deux faisant qu’au final, on ne savait pas trop ce qu’elle était. Si bien qu’après une soirée à y réfléchir je n’avais gagné qu’un mal de crane intense sans parvenir à en tirer une conclusion potable. Car oui, maintenant, mes soirées se résumaient à ça.

 

    -    Je peux te payer un verre mam’zelle, je kiffe trop tes yeux !

 

Ils se rivèrent d’ailleurs rapidement et sans grande admiration sur un homme pas plus charmant qu’une balayette à chiotte chauve. Sans manque d’envie de lui répondre que déjà aurait-il fallu me parler français, car le langage sms oral ne me convenait que très peu, et que quitte à me lancer une citation mon esprit littéraire aurait sûrement plus apprécié du Shakespeare, voire une longue tirade de Cyrano même si celle-ci ne trouvait pas réellement sa place dans le contexte, plutôt que du K-maro, je me décidais pourtant à éviter les ennuis au maximum.

 

    -    Je crois en avoir déjà deux devant moi.
    -    Un troisième c’est cool.

 

Loin de moi l’idée de devenir parano et de me recroqueviller sur moi-même en rabattant mes bras devant mon visage comme une none à qui on aurait proposé un acte sexuel déchainé en plein milieu d’une église, mais pas si loin l’idée que de me retrouver malencontreusement avec du GHB ou toute autre matière anesthésiante dans mon verre puisse être problématique. Mon regard se baladait donc tranquillement dans la salle à la recherche d’un quelconque idiot, mais tout de même moins idiot que le pauvre résidu d’homme qui se tenait en face de moi, et qui pourrait m’en débarrasser cinq minutes.

 

 

Lui, là-bas, à droite. Le gars tout seul qui tenait son verre avec le regard plongé au fond comme s’il pensait pouvoir y lire l’avenir. Mais j’étais bien forcée d’avouer que de mon point de vue, la divination par le whisky ne devait pas être une méthode officialisée. Ou alors peu répandue. Il y avait bien l’autre, là-bas. Le grand brun, avec la moitié du visage cachée dans l’ombre. Il n’avait pas l’air trop laid, malgré le fait que je ne puisse rien distinguer de plus qu’un semblant de gorge, et un bras caché sous un pull noir. Pas très sexy, le coup du pull, c’est vrai. Mais ce qu’il y avait dessous n’avait pas l’air trop désagréable à regarder. Le seul problème avec les types dans son genre c’était que, s’il leur arrivait de se déplacer seuls, le rôle de chef de meute leur faisait l’effet du viagra. Sensation étrangement agréable, donc. Ce qui faisait d’eux d’éternels entourés.

 

    -    Alors, on boit un verre ?

 

Une fois de plus je ne lui répondis pas. L’essentiel avec les cons, c’était de devenir plus cons qu’eux. Après ça, la plupart du temps, ils préféraient partir. Et dans le cas contraire, ils finissaient refroidis lorsque le talon d’une chaussure prenait l’excellente idée de venir croiser le pauvre bout de muscle dont ils étaient si fiers. Et qui dans le cas présent ne devait pas souvent lui servir. Si j’avais disposé à ce moment là d’un brin de pitié, je le lui aurais sûrement donné. Il n’aurait pas eu de quoi s’en faire une paillasse, mais ça aurait déjà été ça. Je préférai donc me lever et prendre la direction de la sortie, me callant machinalement une cancerette entre les lèvres. Bien sûr, comme tout le monde, j’aurais préféré pouvoir profiter de ma petite donneuse de mort au chaud, mais fumer en milieu clos était devenu aussi tabou que l’inceste. La flamme du briquet dansa quelques secondes devant mes yeux, et un soupir échappa à mes lèvres lorsque le crétin que j’avais lâché fit à nouveau irruption devant moi. Je me contentai de lui lancer un regard las, espérant ne pas avoir à subir une nouvelle fois ses avances sans charme.

 

    -    Il vous importune ?

 

Ô joie, ô libération. Quitte à discuter avec un cheval de course, autant qu’il ait de la verve. Mon regard se posa un instant sur lui et c’est de justesse qu’un petit sourire fut réprimé avant d’atteindre la commissure de mes lèvres. Le fameux pull noir. La lumière des réverbères sublimait un regard ambre clair, couleur que j’avais décrétée magnifique. Et si je l’avais proclamé, ça devenait indiscutable. Ils s’observèrent un moment, et je commençais tout juste à espérer qu’ils en viennent aux poings, ce qui aurait pu être distrayant. Mais le premier préféra prendre un tout autre chemin. Celui de la lâcheté, à l’égal de beaucoup. Je tendis à mon nouvel interlocuteur une cigarette qu’il se glissa entre les lèvres, pas vraiment décidée à lui accorder mon temps, ou alors le minimum syndical, pour ses beaux yeux. Combien de temps résisterait-il d’ailleurs avant de lui aussi me sortir une phrase complètement ringarde à propos des miens ?

 

    -    Vous avez de jolis yeux.

 

Et pan ! Aussitôt dit, aussitôt fait ! Je ne pus retenir un fou rire et son regard se riva sur moi.

 

    -    Je ne disais ça que pour nous débarrasser du silence pesant. Je suis gay.

 

Gay. Je perdis instantanément mon rire, le mot résonnant quelques secondes contre les parois de ma boite crânienne. Gay ?! Trois lettres avaient réussi à m’énerver. Mon calme avait des limites, et ces limites n’étaient certes pas très éloignées. Mais trois lettres ! Je venais donc de trouver un nouvel avantage au fait d’avoir un bout de chair supplémentaire entre les pattes. En plus de pouvoir pisser debout, ce qui pour moi était la raison la plus valable jusqu’à aujourd’hui pour justifier une greffe de pénis. J’en venais à me demander pourquoi les hommes possédant les atouts étaient toujours dans le camps adverse, et pourquoi nous, femmes (intelligentes et supérieures. Oh oui, frappez-moi), devions nous partager une bande de bonobos dont le QI frisait souvent celui de l’huitre. Lui, il devait avoir de la discussion, au moins un minimum…non ? Tester était sûrement la meilleure chose à faire. Mais le froid autour de nous avait rapidement eu raison de nos tentatives de dialogue, et je me retrouvais à nouveau à l’intérieur, chacun rejoignant sa table. Seule. Sûrement pas pour longtemps, malheureusement, mais seule. Je plongeai mon regard dans le fond de mon verre, me demandant ce qu’on avait bien pu y mettre pendant mon absence. Et avec la ferme intention de ne plus y toucher. Ou alors de l’offrir au prochain qui viendrait me déranger.

 

 

Le son de la porte qui s’ouvre, puis se referme, comme une impression de déjà entendu, un éternel recommencement. Etrangement, je relevai les yeux. Par curiosité peut-être. Encore un grand bonhomme, hum…peut-être plus grand que les autres grands bonhommes. A le regarder comme ça, je n’avais pas de mal à m’imaginer son genre. Un peu macho, sûrement homme à femmes. Car il fallait avouer, même à contrecœur, qu’il était plutôt potable. Du moins, c’était ce que ma raison tentait de me faire entendre. Parce qu’au fond, potable était un bien faible mot pour le décrire. Sans aller jusqu’à dire qu’il était parfait, il avait tout de même quelques cartes en main. Et pas n’importe lesquelles, sûrement une couleur ou un full. Mignon ? De quoi mettre le feu à une piscine municipale. Et apparemment, les piscines n’étaient pas les seules avec qui ça fonctionnait. Mais mieux valait rester sur terre car, sans vouloir dire que tous les pyromanes étaient des idiot-nés, ce qui foutait le feu au cul se contentait la plupart du temps de si peu. Non, je ne recherchais pas de relation sérieuse. Je ne recherchais pas de relation tout court, d’ailleurs. Mais la baise pour la baise, il fallait dire que ce n’était pas vraiment mon truc.

 

 

Et pourtant…c’était dans mon appartement que la soirée s’était terminée, après quelques verres supplémentaires et une discussion que j’avais à peine suivie, bien trop occupée à le dévorer des yeux, hochant la tête de temps en temps en signe d’attention. Mais m’auriez vous demandé de vous ressortir la moitié de la conversation, que j’en aurais été bien incapable. Mon regard lui avait déjà arraché sa chemise, et il avait commencé à lorgner dangereusement en direction de la ceinture et de ce qui pouvait bien se trouver dessous.  C’est comme ça que nous nous étions retrouvés là, dans le couloir, mon corps emprisonné entre la porte d’entrée et une armoire à glaces. Sa bouche frôla la mienne, une première fois. Puis une seconde. Avant de s’en emparer complètement. Le gout de l’alcool sur sa langue aurait pu me rendre dingue, me faire oublier le reste. Mais je sortis tout de même mes clés de ma poche, cherchant à tâtons la serrure alors que ses lèvres semblaient décidées à dévorer encore les miennes pour une petite éternité. Et j’y répondais, à ce baiser, à cette étreinte, au mouvement de son bassin contre moi, avant gout plutôt séduisant de ce qui allait se passer ensuite.

 

 

Nos deux corps étaient allés s’affaler sur le canapé, et mes mains remplacèrent rapidement mes yeux au niveau de sa chemise, mes doigts tremblants sous l’excitation, tentant d’ouvrir les boutons un à un plutôt que de déchirer le tissu. Après tout, on ne se connaissait pas. Ou si peu. Je n’allais pas déjà lui faire faire des frais pour moi. Ma langue traça rapidement son chemin sur sa peau nue, caressant son torse de haut en bas, de bas en haut, s’offrant la chaleur et la douceur de son corps. Il n’y avait pas d’amour, non. Juste deux corps qui s’attiraient, se repoussaient, se cherchaient dans une danse plus sensuelle qu’éprise. Mes dents pincèrent tendrement le haut de son bassin, à plusieurs reprises, désireuses de s’installer plus bas. Son pantalon ne tarda pas à tomber, ainsi que tout le reste, et ma bouche se fit un plaisir de lui offrir tout ce qu’elle avait. La chaleur humide de ma langue rampait lentement autour de lui, alors que mes ongles griffaient tendrement des hanches qui n’avaient pas tardé à se mettre en mouvements. Je n’étais sûrement pas la meilleure en la matière, mais après tout une langue était une langue. Ce qui différait ensuite était la manière de s’en servir, et je pensais bien avoir autant de qualités qu’une autre à ce niveau là.

 

 

Le temps s’était arrêté, l’air s’était réchauffé, et ses soupirs éveillaient en moi des envies plus fortes. Lui offrir mon corps, tout entier ? Non, jamais. Je ne pouvais plus donner. Je ne voulais que recevoir. Ma bouche continuait son éternel manège. Manège qui semblait lui donner un plaisir presque aussi grand que le mien, qui le savourais comme s’il avait été la plus délicieuse des sucreries. Sa main se glissa dans mes cheveux, les emmêlant, les faisant glisser entre ses doigts, tirant légèrement dessus pour me faire relever la tête. Mon regard interrogateur croisa le sien, avant que ses lèvres n’agressent les miennes, ses mains puissantes quittant mes cheveux pour se promener dans mon dos. En quelques secondes, il m’avait tirée contre lui. Ses doigts se glissèrent sensuellement sous le corsage, venant frôler ma peau toujours plus chaude, toujours plus frissonnante sous ses caresses. De l’envie, du plaisir, de la peur. Je le repoussai vivement, il revint à l’assaut. Plus passionné, plus fort. La volonté n’était plus suffisante.

 

    -    Comment tu t’appelles… ?
    -    Luce…pourquoi ?
    -    Pour pouvoir le gémir dans ton oreille…

 

Romantisme ou petit fantasme ? La question ne se posait même pas, et la réaction du corps ne s’était que très peu fait attendre. Je ne lui demandai pas son prénom, car le savoir aurait été comme franchir la ligne de sécurité que j’avais tracée autour de moi-même. Tous deux nous savions pourquoi nous étions ici, tous deux nous savions que ce n’était que l’espace d’une nuit et de quelques soupirs. Rien de plus. Ni promesses, ni serments. Sauf celui peut-être de ne pas s’attacher.

 

 

Sa bouche se promena longtemps, profitant de moi, violant cette intimité que j’avais si souvent voulu préserver, ses mains se baladèrent sur mon corps, comme découvrant pour la première fois le plaisir de caresser une femme. Il se glissa en moi. Plus tendrement que jamais. Le plus lentement du monde, me laissant apprécier chaque centimètre, chaque mouvement, chaque soupir. Je resserrai mon étreinte autour de ses épaules, me laissant glisser au creux de sensations si habituelles, et pourtant tellement nouvelles. Son extase contre la mienne, mêlée à la mienne, une première et une dernière fois.

 

 

Il avait ensuite trouvé la force de se lever, m’avait souri, et avait ramassé au sol les vêtements que j’avais eu tant de mal à lui enlever. Je l’avais regardé faire, presque heureuse, incapable d’effacer ce sourire sur mes lèvres tout comme j’étais incapable de faire le moindre mouvement. C’était comme si quelqu’un avait tout arrêté autour de moi. L’écho de mon cœur, à nouveau calme, résonnait en moi, couvrant le bruit des moteurs que je n’entendais plus, dans la rue en bas. Ses lèvres croisèrent les miennes une fois de plus, encore et encore, et je le laissai filer avec un gout de regret amer au creux du corps. Mais qu’aurais-je du faire ? Me jeter sur lui, le supplier de rester pour la nuit ? Il avait sa fierté, et j’avais la mienne. Et elle m’empêchait de chercher à le retenir.

 

 

Ma journée après ça avait été aussi blanche que ma nuit. Une page sur laquelle rien n’était venu s’écrire. La petite routine me brisait, de jour en jour. Le piment de la soirée n’avait fait que me montrer à quel point cette journée était plate. Après quelques heures de cours, j’avais donc décidé de retourner là-bas. Dans ce petit bar où tout avait commencé, et où tout s’était fini. Et puis, rompre avec les vieilles habitudes n’était pas toujours une bonne idée. Je me préparais soigneusement, offrant un soin tout particulier au crayon noir qui dansait autour de mes yeux, ces yeux qui pouvaient captiver n’importe qui. Ils étaient un atout que je ne pouvais pas négliger. Mes cheveux avaient subi le même traitement élitiste, et je m’étais glissée au dehors, laissant l’air froid m’entourer et me rassurer. Je n’étais personne, pour lui courir après comme ça. Je ne connaissais même pas son prénom. Et je n’avais plus rien à offrir. Alors pourquoi ? Cette question se répercuta longtemps dans mon esprit, sans que je ne puisse vraiment y répondre, jusqu’à ce que ma main pousse machinalement la porte du bar. Je venais tout juste de me rendre compte. De ce que je faisais. D’où j’étais. Avec une espérance contenue, mon regard balaya la salle, aussi froid qu’à son habitude. Faussement indifférent.

 

 

Mon étalon de la veille. Il était là, à une table. A sa table, en pleine discussion. Un regard ocre se posa un instant sur moi, j’y répondis par un simple sourire, sûrement peu sincère. Non pas que l’idée de m’être fait sauter par un gay me répugnait, loin de là. Seulement, peut-être que même sans vouloir l’avouer, j’avais espéré pouvoir remettre ça, ce soir. Je m’approchai mécaniquement du bar sans lui lancer un nouveau regard et commandai un Gin, bien décidée à ne pas m’asseoir. Juste descendre mon verre et m’éclipser. Ne pas attirer l’attention, rester cet éternel zombie qu’on ne devait pas remarquer. Deux bras vinrent se poser de chaque coté des miens, sur le bar, un front contre ma tempe, et un murmure se glissa sensuellement dans le creux de mon oreille.

 

    -    C’est mon frère…

 

Je m’emparai de ma consommation et la portai à mes lèvres, feignant d’abord l’indifférence.

 

    -    Mais je n’ai rien demandé.

 

Pour qui se prenait-il, à croire que sa vie m’intéressait ? J’avais assez de la mienne à surveiller sans encore avoir à tenir le journal de bord de celle des autres. S’il voulait se confesser, des chapelles, il y en avait partout. Et avais-je d’ailleurs une tête à m’appeler Sœur Theresa ? « Sœur » tout court était déjà très peu vraisemblable. Je sentis un sourire se dessiner près de ma joue, et deux lèvres s’entrouvrir doucement, caressant ma peau à chacun des murmures de leur propriétaire.

 

    -    Alors pourquoi ce ton de reproche… ?

 

Il n’avait peut-être pas tort, mais il n’était sûrement pas le premier pour qui mon côté gamine capricieuse se faisait un plaisir de prendre le dessus. Je ne lui répondis pas, me contentant de son souffle chaud dans mon cou, et de son désir dur contre mes reins.

 

 

La soirée, merveilleuse soirée, avait commencé comme la précédente. Des mots, enchainés. Des mots drôles, doux, peut-être faux. Surement faux. Puis mon appartement. Le canapé nous avait paru bien inconfortable cette fois, et je lui offris la chaleur de mon lit. Ce lit dans lequel je ne voulais personne d’autre que moi. Des caresses, des mots encore, des mots toujours. Un rêve éveillé, mais un simple rêve qui prendrait fin. Pas tout de suite, peut-être pas demain. Peut-être pas ce soir. Mais pour moi, le mot « toujours » n’existait pas. Je n’avais pas besoin de promesses. Je n’avais pas besoin de serments. Je ne voulais pas l’avouer, mais j’avais besoin qu’il m’aime. Juste un peu, juste une nuit ou deux. Juste une éternité que je ne me serais pas permise d’espérer. Son prénom, entre ses lèvres. Plus beau que tous les autres, presque aussi beau que lui. Je m’imaginais nos cœurs enlacés comme l’étaient nos corps, je faisais tomber les barrières une à une, me dévoilant, laissant l’âme à nue, consciente de la dangerosité de mes actes. J’allais me briser, moi-même, et je le savais. Mais tout était permis, ce soir.

 

 

Une fois de plus, son corps s’était emparé du mien, l’avait soulevé, l’avait transporté. Dans un monde bien plus beau. Son prénom. Je le murmurai, le répétai encore et encore, le soufflai à son oreille en une longue complainte remplie de tendresse. Une mélodie délicieuse rendue plus belle encore par cette note de plaisir si peu courante au creux de ma voix. L’étreinte d’un son, s’enroulant autour de nous, de moi, s’agrippant dans les draps pour ne plus jamais en sortir, à l’égal de son parfum qui déjà s’était approprié mon lit. L’extase des courbes, des odeurs et des sonorités, l’harmonie de nos deux timbres de voix, entrelacés dans une longue invocation à je ne savais quel dieu de luxure. Son prénom, plus fort, perdu dans un océan de silence soudain. Un vide profond et libérateur s’empara de moi une fraction de seconde, une éternité. Puis une chaleur indescriptible, et à nouveau ce calme, brisé uniquement par le rythme saccadé des battements de mon cœur, entamant une longue course contre moi-même.

 

 

Il s’allongea près de moi et fit glisser à plusieurs reprises quelques fines mèches de mes cheveux entre ses doigts, les yeux mi-clos, un sourire aux lèvres. A travers les brumes de mon esprit fatigué s’était installée une image, celle d’un animal sauvage aux yeux incroyablement verts, élancé et puissant, magnifique. Libre et indomptable. Et pourtant allongé au creux d’un lit, aux portes du pays des rêves. Je me laissais bercer par ses caresses, tentant de les lui rendre sans grande réussite, et m’endormis rapidement entre ses bras. Pour la première fois. Tentant dans un ultime effort de ne pas penser au lendemain.

 

 

Mais il arriva rapidement, bien trop à mon gout. J’ouvris les yeux avec appréhension, mon visage caressé par les rayons du soleil qui filtraient à travers les stores. Assis sur le bord du matelas, dos à moi, il arrangeait le col de la chemise qu’il venait d’enfiler. Mes doigts glissèrent sensuellement le long de sa colonne vertébrale, et quelque chose en moi capta son sourire. Un sourire franc, presque amoureux. Presque. Une courbe triste se dessina sur mes lèvres alors qu’il se retournait, m’enlaçant et posant un baiser plus doux que jamais sur ma joue. Il ne prononça pas un mot. Il n’esquissa pas un nouveau sourire. Quelques enjambées lui suffirent à rejoindre la porte, qu’il ouvrit sans bruit et referma derrière lui, toujours dans le même silence, lentement, mais sans hésitation. Comme un fantôme qui disparait, sans ne rien laisser derrière lui, pas même un regard.

 

 

L’idée de me lever m’avait torturée après ça, devancée par celle de rester allongée là, inerte, comme me réveillant d’un beau rêve. Je jetai les draps loin de moi, offrant ma peau au soleil, qui pour une fois semblait vouloir nous faire l’honneur de sa présence. Mon regard croisa mon reflet un instant, dans la grande glace de l’armoire, en face de mon lit. Nue, pas réellement belle. Je détaillai la cascade de cheveux sombres qui caressait mes épaules, des courbes communes, pas vraiment dignes de ces jolies filles dans les magazines. Rien de transcendant, en d’autres termes. A part peut-être les yeux. Ces choses qui pouvaient pleurer et qui laissèrent rouler quelques larmes sur mes joues, avant que le gout du sel ne vienne remplacer celui du sucre sur mes lèvres. « Rien de transcendant ». Un simple lambeau de phrase lancé en boucle dans ma tête, comme un long requiem pour un sentiment mort-né.

 

 

Car je le savais, je l’avais prévu. Au fond de moi, j’en étais déjà consciente. Ce baiser sur ma joue comme un adieu, sa façon de refermer la porte, lentement, comme refermant à clé la grille d’un autre monde, dans lequel il ne devrait plus mettre les pieds.

 

 

Ce petit café, j’y suis ensuite retourné, chaque soir.

 

 

Il n’y est jamais revenu.

 

 

 

 

 

 

Humeur actuelle : Mieux vaudrait ne pas en parler…
Musique actuelle : Aucune, je n’arrive plus à en écouter…

The Game [Chapitre 26]

21 février 2009

Voila voila! Nouveau chapitre! Il n’a pas mis trois plombes à arriver! Enfin pas trop….mais j’ai une excuse : j’étais en vacances! Sans ordinateur, sans internet, paumée, va-t-on dire. J’avoue, ce chapitre est un peu heu…bizarre? Je vous laisse juger. Bonne lecture à tous ^^

 

Emy> Pacte de sang est en co-prod avec Tsuki, il faudrait que j’en parle avec elle pour la reprendre, car c’est vrai que je m’amusais bien dessus…donc si elle a le temps, pourquoi pas une suite bientôt.

 

Mishu> Merci beaucoup, et je suis désolée pour le temps que je mets à poster. Je te souhaite de réussir à t’y remettre bientôt, toi aussi!

 

Mélo> Les paroles en italique sont de moi, j’essaye de refléter au mieux en trois "phrases" la pensée du personnage d’Anderson, mais ce n’est pas toujours simple, et l’effet n’est pas toujours des meilleurs. Mais puisque ça fait déjà plusieurs fois qu’on me le demande : non non, ce n’est pas extrait d’un livre et c’est bien de moi.


 

 

Chapitre 26

 

 

 

Sven se creusait la tête depuis une petite demi-heure. Ils étaient rentrés, et Mikhaïl avait préféré filer prendre une douche plutôt que d’affronter le silence pesant du salon. Le détective se laissa tomber sur le canapé, las de tout ça. A quoi servait de s’épuiser à réfléchir ? Il n’avait qu’à rester près de son amant, sans faire de vagues, et tout se passerait bien. Mais quelque chose à l’intérieur de lui recherchait la vérité. Cette vérité après laquelle il avait toujours couru, toute sa vie. La vérité qui avait emmené son frère dans le pays d’outre-tombe. Il passa ses mains sur un visage ravagé par le manque de sommeil. En passant ses journées à filer Anderson, et ses nuits à admirer sa porte, il ne risquait pas de récupérer.

 

    -    Sven…

 

Le blond se contenta de relever un regard fatigué vers la voix qui venait de traverser la pièce. Mikhaïl se tenait la, le bras contre le montant de la porte, une serviette autour des hanches, et ses cheveux noirs et soyeux goutaient tranquillement sur ses épaules. S’il avait été photographe, Sven se serait régalé à admirer toute la sensualité du spectacle. Mais là, en tant que détective privé en pleine course contre la mort, et complètement surmené par dessus le marché, il devait avouer que le bas de son corps n’avait pas eu la moindre réaction.

 

    -    Habille-toi et viens t’asseoir…
    -    Quoi ?
    -    J’ai l’impression de parler chinois…mets des vêtements sur toi et viens poser tes fesses sur le canapé. Mieux ?

 

Mikhaïl fit la moue quelques secondes, avant que son regard ne soit transpercé d’une pointe de rage.

 

    -    Je vois, ce gosse t’a comblé, la dernière fois. Tu fantasmes encore dessus.
    -    Ne sois pas chiant, je suis simplement fatigué.
    -    Tu ne l’as jamais été, quand il s’agissait d’avoir des rapports.
    -    Si tu n’es pas heureux Mikha…casse-toi. Parce que j’en ai marre de réfléchir pour toi, marre d’essayer de trouver un moyen de te protéger, marre de t’avoir dans les pattes, marre de devoir supporter ta présence alors que j’ai passé des mois à chialer en me disant que tu ne remettrais jamais les pieds dans ce putain d’appartement, marre de…
    -    Tu as pleuré ?

 

Sven se contenta de hausser les épaules. Et pourquoi pas ? N’importe qui pouvait pleurer. Même lui. Tout comme il avait pleuré la mort de son frère. Et Mikhaïl…il avait aimé cet espèce de chat sauvage comme jamais il n’avait aimé qui que ce soit. Une main se posa sur sa joue et releva doucement son menton, avant qu’une bouche chaude n’accueille sa langue. Un baiser long et tendre, comme ils n’en avaient pas eus depuis si longtemps.

 

    -    Oublie ce gosse, Sven…je suis là pour toi.
    -    Ouai…

 

Le détective hésitait maintenant entre deux choses. Se laisser bercer dans les bras de Mikhaïl, et s’endormir contre lui, ou partir, aller frapper chez Anderson, et pourquoi pas frapper sur Anderson, aussi, pendant qu’il y était. Il le savait, appeler Adeline ne servirait à rien. Elle était de mèche avec le type qui avait monté tout ça, et ce type se trouvait peut-être à des centaines de kilomètres de là. Il lui fallait autre chose. Des indications, des lettres, des relevés téléphoniques, n’importe quoi qui puisse le mettre sur une piste.

 

    -    Mikha…
    -    Hum ?
    -    Tu as encore des liens avec ce gars, qui pirate les numéros de cartes bleues… ?
    -    Oui, pourquoi ? Tu veux te mettre à la retraire anticipée ?
    -    Non…il doit juste s’y connaitre, en site internet…il me faudrait un mot de passe…
    -    Pour ?
    -    Le relevé en ligne du téléphone d’Adeline…

 

« Fais ce qu’on te dit, et tout se passera bien. Si tu cherches à agir seul, Mikhaïl pourrait avoir des problèmes ». D’un côté, tout allait se compliquer. De l’autre, il valait peut-être mieux risquer de mourir maintenant, en se défendant, plutôt qu’à la fin, lorsque l’adversaire les achèverait pour leur manque d’utilité. Mikhaïl n’avait pas répondu, mais Sven savait qu’il y réfléchirait, même si ce n’était pas réellement son fort. Il se laissa bercer par le parfum du shampooing qui s’était attaché sur les cheveux de son amant, sa main sur sa joue, et sa respiration lente et calme. Comme il avait envie de dormir, dormir là et ne plus jamais se réveiller. Mais quelque chose lui donnait envie d’ouvrir à nouveau les yeux, quelque chose avec la peau blanche, deux iris incroyablement bleus, et un sourire qu’il n’avait jamais réussi à effacer de sa mémoire. Se réveiller demain matin. Pour Mikhaïl.

 

 

**********

 

 

X laissait son regard faire l’aller-retour entre la demoiselle et la route. Elle avait sorti de son sac un jeu de tarot à priori tout à fait normal, et s’amusait à y faire apparaître et disparaître une Dame d’épées. Même en sachant qu’il y avait un « truc » qu’il ne connaissait pas mais qui permettait à sa compagne d’effectuer ce genre de tours de passe-passe, il n’en était pas moins impressionné.

 

    -    Faire les poches des gens, détecter les armes dans les boites à gants, faire apparaitre et disparaitre des cartes. Deux possibilités : soit tu bosses pour la CIA, soit dans un cirque !
    -    Aucun des deux !

Elle poussa un petit rire en coupant une nouvelle fois les cartes.

 

    -    Mais je peux vous faire plein de tours de magie quand même !

 

Chander s’étonna à sourire. Il n’avait jamais vraiment vu de « magicien », et ça ne lui avait pas manqué. Mais c’était amusant, la façon dont les mains de la demoiselle tripotaient les cartes, avec grâce et douceur. Amusant…ce n’était au final certainement pas le bon mot. Il se prit à imaginer ces mains fines et blanches sur lui, ces longs ongles noirs griffant son dos, ces dessous en dentelle qu’il avait pu apercevoir une fraction de seconde, caresser sa peau. Il se racla violement la gorge, entrainant un sourire de la part de la jeune fille, qui avait du déceler là-dedans une certaine forme de virilité. Pour ce qui était de la plus belle preuve de virilité qu’il portait sur lui, et ce n’était pas à l’arme accrochée à sa ceinture qu’il pensait, il tenta de ne pas trop faire remarquer l’état dans lequel elle se trouvait. Mais il savait pertinemment que la gamine à coté avait tout de suite eu l’occasion d’y poser les yeux. D’ailleurs, elle ne semblait pas vouloir détourner le regard, pas le moins du monde embarrassée.

 

    -    Tout se passe comme tu veux ?
    -    Bah quoi ? C’est à vous que je devrais demander ça. C’est pas moi qui suis toute dure !
    -    Tu aurais pu éviter de dire ça comme ça…

 

Elle se mit à rire, une fois de plus.

 

    -    Si vous avez envie de moi, je peux vous faire la totale pour deux cents euros.
    -    On appelle ça de la prostitution.
    -    Ca permet de vivre.
    -    Tu es mineure.
    -    C’est pas une raison pour vous faire le forfait gratuit !
    -    Moins vingt pourcent si je suis étudiant ?
    -    Etudiant à trente-deux balais ?
    -    Je n’ai pas envie de toi, et encore moins de me retrouver avec un détournement de mineurs sur le dos.

 

Elle sembla se renfrogner légèrement et croisa les bras d’un air boudeur. Chander laissa une courbe s’emparer de ses lèvres. Il n’avait pas réellement envie d’elle. Il avait envie tout court. Et il savait très bien qu’elle en avait envie, aussi. Elle cherchait simplement à lui soutirer un peu de thunes en plus de son plaisir personnel. Et il pouvait comprendre. Elle avait apparemment vécu dans la rue un moment, mais une poupée comme ça, propre et bien habillée, elle ne devait pas non plus y avoir passé sa vie. On l’avait entretenue. Cette robe, elle ne se l’était pas payée seule, même en se prostituant de temps à autre. Il fronça les sourcils, se rendant tout juste compte d’un détail qui lui avait jusqu’à présent échappé.

 

    -    Ce jeu de cartes, il vient d’où ?

 

Le dos de ces cartes, il ne l’avait pas tout de suite remarqué, mais il était magnifique. Rouge, or et noir, avec des arabesques fines et précises…c’était un jeu qui avait de la valeur, un jeu qu’on ne trouvait pas en boutique, n’importe où. Un jeu sur mesure.

 

    -    Je l’ai fait disparaître de la poche de quelqu’un !
    -    Tu vas me dire que quelqu’un était assez fou pour se balader avec un jeu comme ça au creux de la poche ?
    -    Oui ! Et il y avait des cartes bizarres, dedans !

 

L’intérêt de X sembla monter d’un cran.

 

    -    Et elles sont où, ces cartes bizarres ?
    -    Dans la boite…pourquoi ?
    -    Je suis très intéressé, en ce qui concerne les « jeux ».
    -    Quand on gère un casino, ce n’est pas étonnant.

 

Il ne parlait pas réellement de ce genre de jeux, mais il préféra ne pas s’étaler, gardant sur ses lèvres cet éternel faux sourire. Il ne savait pas pourquoi, mais une seule question se répercutait encore et encore dans sa tête. Ce jeu de carte, il avait quelque chose d’exceptionnel, autre que son aspect général. Mais quoi ?

 

 

**********

 

 

Anderson garda un moment le canon contre sa tempe, les yeux fermés, une détente infinie rampant dans son corps tout entier. Sentir la mort s’approcher sans ne jamais le prendre lui, mais les gens qui se trouvaient autour. Kim, et maintenant Loren. L’envie d’appuyer sur la gâchette se faisait plus prononcée, comme la promesse d’une future liberté. Ne plus penser, ne plus voir, ne plus sentir. Mourir et laisser mourir, mettre fin à ce jeu débile, une bonne fois pour toute. Ou alors…

 

 

L’écrivain se redressa et regarda longuement son reflet dans le miroir. Mourir maintenant, en plus de faire preuve d’une lâcheté sans égale, ce serait oublier Kim, et abandonner Loren. Sa disparition ne mettrait fin à rien, pas même à la haine que son compagnon de jeu éprouvait pour lui…pas même à la haine qu’il éprouvait pour lui-même. Un long soupir traversa ses lèvres, et il se leva avec une nouvelle idée en tête. Une idée horrible, folle, désespérée. Il se rua dans le couloir, l’arme à la main, attrapa les clés de la voiture, et parcourut les dernières enjambées qui le séparaient de l’escalier.

 

    -    Où est-ce que tu vas ?

 

La petite voix tremblante derrière lui ne pouvait appartenir qu’à une seule personne, et Anderson ne savait réellement pas ce qu’il pourrait lui dire. Un simple murmure parvint à s’échapper, accompagné d’un petit rire.

 

    -    Je vais lui faire péter un câble.

 

Il sentit son amant avancer lentement dans son dos, très lentement, comme s’approchant d’un animal sauvage qu’il ne fallait pas effrayer. Etait-ce de la peur ? Anderson n’aurait su le dire. Mais son câble, il l’avait déjà pété, lui. Et l’alcool l’avait aidé à le faire.

 

    -    Lâ…lâche cette arme…
    -    Non…je vais foutre en l’air toute sa stratégie…
    -    Qui ça… ? Comment… ?

 

L’écrivain se contenta d’un haussement d’épaules avant de se retourner, pointant rapidement son arme sur son amant.

 

    -    Ne cherche pas à comprendre, ne cherche pas à me suivre, et surtout, surtout, ne cherche pas à m’arrêter. J’ai tué pour moins que ça.

 

Le cœur de Loren loupa un battement. « Tué pour moins que ça » ? Cette voix froide, lente, paralysante. Anderson était ivre, il le savait, et n’importe qui aurait pu le remarquer. Mais au point de braquer un flingue sur lui, et de le tuer de sang-froid, il ne pouvait pas y croire. Pour la première fois, le brunet sentit une poussée de courage et de confiance faire surface en lui, et c’est avec provocation qu’il écarta les bras, laissant un sourire dégouté s’emparer de ses lèvres.

 

    -    Stratégie, pions, jeux, j’ai l’impression d’être sur un putain d’échiquier géant, avec des pièges partout, et ça me gonfle. TU me gonfles. Vous me gonflez tous. Je sais pas qui joue avec ou contre toi, et je veux pas le savoir. Alors tire. Parce que moi, vos conneries, j’en ai ras-le-cul.

 

Anderson sembla légèrement choqué. Loren. Ce petit Loren fragile et peureux. Le voir se tenir en face de lui, avec ce sourire, cette absence totale de crainte face à la mort, c’était comme une hallucination.

 

    -    Tire. Si ça peut « foutre en l’air sa stratégie ». De toute façon, je suis condamné. J’en ai plus rien à branler. Tire tire TIRE !

 

Un coup de feu raisonna dans le couloir. Un coup sinistre, lent, comme un glas dont l’écho se répercute contre les murs. Loren tomba à genoux, les yeux grands ouverts, une expression figée sur le visage.

 

    -    Ta gueule…ferme ta gueule…

 

L’air autour d’eux semblait s’être refroidi, le silence s’était à nouveau approprié l’étage. Un silence salvateur. Un silence meurtrier. Anderson tourna les talons sans un mot, descendit la première marche, sous les insultes de Justin, qui avait dévalé les marches du troisième étage et s’était rué sur Loren, l’entourant de deux bras protecteurs.
Quand il se retrouva dehors, il traversa calmement la rue et fut réveillé par un coup de klaxonne. Une voiture venait de l’éviter, tout juste, à quelques centimètres près. Mais il n’en tenait plus compte. Combien de fois avait-il failli mourir ? Combien de fois était-il mort, à l’intérieur ? Il lança un regard à la fenêtre du deuxième étage, et aux yeux sans expression de Loren, derrière le double vitrage.

 

    -    Excuse-moi…

 

Un simple murmure, qui ne parviendrait pas jusqu’à son amant. Le brunet se détourna, et l’écrivain l’imagina traverser la pièce, avant de retrouver les bras de Justin, son étreinte protectrice. Il aurait aimé pouvoir lui offrir cette protection, aimé pouvoir se dire qu’un être fragile comme Loren pouvait trouver sa place entre les bras d’un « faux meurtrier » comme lui. Il ouvrit la portière de la voiture, marqua un temps d’arrêt, laissa rouler sur sa joue cette larme qui, depuis qu’il avait braqué son arme sur Loren, avait tenté de s’échapper. Il n’avait pas eu d’autre choix. Tirer. En l’air, mais tirer. Pour qu’il se taise, pour qu’il ne prenne pas l’idée de le suivre. Pour qu’il le haïsse. Pour qu’il n’ait aucun regret.

 

 

Il se laissa tomber sur le siège, attacha sa ceinture, prit une grande bouffée d’air et chercha son paquet de cigarette. Apparemment, il devrait faire sans. La voiture s’éveilla lorsqu’il fit tourner la clé, le moteur se mit à ronronner, heureux de reprendre la route. Peut-être pour la dernière fois. Sa destination était claire. Mais il ne savait pas encore s’il bénéficierait de l’aller-retour, ou si ce n’était qu’un aller simple. Un aller simple pour la mort, s’il calculait mal son coup. Mais dans le meilleur des cas, il gagnerait un voyage des plus désagréables. Si tout fonctionnait selon ses projets, il éviterait la mort. Mais il décrocherait un séjour en enfer.

 

 

L’image de Loren s’afficha dans sa tête. Il devait le faire. Pour lui. La voiture s’éloigna lentement, comme cherchant à repousser au maximum le moment fatidique. Mais Anderson devait prendre ce risque…parce qu’il en valait la peine. Loren.

 

 

« Et si dans ta douleur jamais tu ne pardonnes, si ton cœur se resserre
Et que mes mots te blessent, si aujourd’hui je sombre, pour étancher tes pleurs,
Tu seras mon tombeau, le lit de mes promesses. »

 

 

 

Humeur actuelle : Y’à d’la joie

Musique actuelle : Fall of Man – Eternal Tears of Sorrow

The Game [Chapitre 25]

7 février 2009

Et ben, ça fait une petite éternité! Me revoila avec un chapitre de The Game, en espérant qu’avec le temps vous n’aurez pas à vous relire les 24 derniers chapitres pour vous remettre dans le bain (pour ceux qui me lisent encore…). Je sais que je suis longue en ce moment, mais comme dit la chanson "je vois la vie en rose" (non, non, pas tout le temps, mais la majorité quand même) alors j’en profite, je bouge, beaucoup (peut-être trop parfois) mais ça me fait du bien. Bref bref, je vais tenter de réapparaitre un peu plus souvent, ce qui n’est pas gagné. J’ai perdu beaucoup de monde en chemin, lors du déménagement, j’espère retrouver quand même quelques uns d’entre vous. Voila voila, trève de bavardages et je vous laisse lire ce chapitre (et je vais tenter d’aller écrire le début du prochain)…

 

Kissoux all.

 

 

Chapitre 25

 

 

Sven avait donné un grand coup de frein, mais cette fois Mikhaïl s’y attendait. Il avait donc eu l’utile réflexe de mettre ses bras devant lui, priant pour ne pas se manger la boite à gants. Avec la ceinture correctement attachée, pour une fois, et cette protection supplémentaire, il aurait réellement pu se proclamer « roi des poisseux » si sa tête était parvenue à heurter quoi que ce soit dans l’habitacle. Son regard inquiet se riva quelques instants sur son compagnon, mais il les baissa aussitôt. Sven était complètement immobile, sous le choc, mais le brun savait pertinemment qu’il allait bientôt sortir de son faux coma. Et quand il en sortirait…Mikhaïl n’osait même pas y penser.

 

 

Des souvenirs qu’il en avait, son amant avait toujours été une boule de nerfs compactée dans un emballage indiscutablement froid. Prêt à affronter n’importe quoi,  il n’avait pourtant jamais pu promettre de terminer l’un de ses contrats sans péter un plomb avant la fin. C’était surement ce qui avait fait craquer Mikhaïl, quand ils travaillaient encore ensemble. Cette fameuse fois où Sven n’avait rien trouvé de mieux à faire que de griller un fusible en plein milieu d’une filature. Son regard bleu se posa à nouveau sur un détective incroyablement calme, les yeux rivés au dehors, fixes, son visage serein malgré la révélation. Révélation ? Le brun se retint de justesse de piquer un petit rire. Sven ne le croirait pas. Tout portait à penser que lui, et lui seul, avait abattu cet homme, aux Etats-Unis. Et le blond n’était pas détective pour rien : quand il avait des preuves, il ne se prenait pas à croire les accusés sur parole.

 

    -    Pas…
    -    Non, je ne l’ai pas buté. Je n’ai même pas eu le temps de tirer. On a éliminé à ma place un homme qui n’était même pas ma cible.

 

Le regard ocre se riva sur lui avec intérêt, et s’il avait la moindre chance de le convaincre, il fallait qu’il tente.

 

    -    Quand j’ai eu le contrat, si on m’avait affiché une tête mafieuse, crois-moi, je ne l’aurais pas accepté. C’était le gars d’à-côté, ma cible. J’ai visé, et quand j’ai voulu appuyer sur la détente…boum, la tête de l’autre type à sauté comme une balle de ten…pardon.

 

Il le savait, pourtant, que son amant n’aimait pas ce genre de récits et préférait aller droit au but, sans équivoques.

 

    -    Et ensuite ?
    -    Ensuite ? J’ai fait ce que tout mec censé aurait fait. J’ai suivi la procédure, et j’ai fait sauter mon matos avant de redescendre les marches et de me fondre le plus calmement possible dans le reste de la foule. J’ai fait bruler les indices, en d’autres termes.
    -    Tu m’expliques comment ils t’ont retrouvé, puisque soi-disant tu as tout bien fait dans les règles de l’art ?

 

Mikhaïl entrechoqua ses doigts quelques secondes, fit la moue, mais rien ne fusa dans sa tête. Pas une idée, pas une explication. Il avait tout fait comme il fallait, et ça, il en était certain. Il savait que dans ce boulot, le faux pas entrainait directement au fond du gouffre. Il avait anéanti tout ce qui aurait pu mettre qui que ce soit sur ses traces, à coup de C4, et il ne voyait pas trop comment une seule preuve de sa présence là-bas aurait pu résister à ça. Mais sa bouche resta inlassablement fermée. Que pouvait-il ajouter, alors que lui-même ne comprenait rien à la situation actuelle ? Et Sven ? Qu’est-ce que Sven pourrait ajouter, alors qu’il devait le prendre en ce moment-même pour un crétin qui se cherchait simplement des excuses ?

 

    -    Dis-moi…ton employeur…tu l’as vu ?
    -    Non, j’ai vu un intermédiaire.
    -    Comment il était ?
    -    Grand…et brun…

 

Sven repassa la première et n’accorda pas un seul regard à son compagnon, se contentant d’un sourire des plus ironiques.

 

    -    Et à part ça ? Parce que des grands bruns, y’en a des centaines.
    -    Des yeux noirs. Taillé dans un costard. Tu veux aussi son nom et son adresse ? J’ai oublié de lui demander ses papiers !

 

Le blond ne prit pas le temps de tergiverser davantage et redémarra, son cerveau tournant à cent à l’heure, tentant tant bien que mal de trier le flux d’informations qu’il venait de recevoir, de faire le lien entre elles, de les analyser, petit bout par petit bout. Il savait qu’à coté, Mikhaïl comptait sur lui, et qu’il était le seul à pouvoir encore le tirer de là. Il poussa un long soupir, complètement conscient de ce qu’il s’apprêtait à faire.

 

    -    Et si tu le rencontrais, Mikha…tu pourrais le reconnaître ?

 

L’atmosphère s’était légèrement tendue sous ces mots, mais chacun le savait : il fallait doubler l’ennemi, avant qu’il n’ait plus besoin d’eux, et qu’il ne les élimine. Ce n’était pas tous les jours qu’on affrontait un adversaire invisible.

 

 

**********

 

 

« Je comprends qu’en passant vos journées à faire mal à des gens, vous n’ayez pas le temps de cuisiner… ». X n’en revenait pas. Elle avait dit ça, d’un air si innocent, si détaché. Comme si le fait qu’elle le sache était tout à fait naturel. Et pire que ça : comme si le fait de blesser des gens était en lui-même tout à fait normal. Il avait bien envie de lui demander d’où elle tenait ses informations, si leur rencontre était calculée, et dans le moins bon des cas, pour qui elle travaillait. Mais aucun son ne parvenait à franchir ses lèvres. Il se contentait donc de rester figé là, son regard sombre et insistant posé dans le dos de la demoiselle.

 

    -    Bah quoi ?

 

Et elle osait demander « quoi ? », avec cette petite voix faussement innocente et cet air ahuri. Il se rendit pourtant compte que, pour le coup, il gagnait le concours de la meilleure expression stupéfiée, haut la main.

 

    -    C’est que…
    -    Que ?
    -    …tu es vraiment une fille ?

 

Elle lui avait piqué la première place du concours, même si ce qui s’était incrusté sur son visage ressemblait plus à un air profondément outré qu’à de la surprise. Mais plutôt que de chercher à se justifier verbalement, elle préféra ouvrir les agrafes de sa robe, défaire rapidement les rubans, offrant à son interlocuteur une vue sur des sous-vêtements noirs qu’il trouvait certes très mignons, et le mot était faible, mais dont il n’avait aucune intention de s’approcher, malgré les formes plutôt généreuses qui s’y dessinaient. Il savait comment ce genre d’histoires finissait. D’abord, une jeune fille très à votre gout vous accostait, et vous terminiez rapidement avec une plainte à votre encontre, pour attouchements ou viol. Surtout si vous aviez l’apparence d’un richard plein aux as. Il laissa son regard glisser un moment sur la dentelle, ne sentant aucune gêne dans les actes exhibitionnistes de sa partenaire, avant qu’elle ne se décide à couper court à la situation, refermant brutalement les pans écartés de la robe.

 

    -    Ca vous suffit ou vous voulez toucher ?

 

En temps normal, il aurait juste répondu que c’était une preuve amplement suffisante. Mais le petit air ironique dans la voix de la jeune fille réveilla en lui une forte envie de la prendre à son propre piège. Et il savait exactement quel élément viser.

 

    -    Mon Dieu, non…je ne voudrais pas crever les airbags…
    -    C’est des vrais !!! PERVERS !!!
    -    Mais je ne veux pas savoir !

 

Il sentait bien que si la discussion continuait comme ça, il allait être obligé de se retirer quelques instants, dans la chambre, dans la salle de bain, où n’importe quel endroit tranquille qui lui permettrait d’utiliser ses mains en toute sérénité. Or, il ne valait mieux pas quitter cette petite des yeux, et se branler pour elle aurait été plutôt indécent, de la part d’un type de son âge. Il se décida donc, difficilement, à garder son matos au chaud dans son pantalon. Il avait habilement détourné la conversation, et ça lui suffisait amplement.

 

 

Quand elle se retourna, il ne parvint pas immédiatement à détourner son regard. Sa raison lui hurlait d’arrêter ce petit jeu et de se remettre au travail, mais tout le reste avait décidé de rester focalisé sur la demoiselle, et surtout sur ce qu’elle pouvait bien être en train de cuisiner. Il devait avouer que l’odeur était plutôt attirante, et que cette gamine pourrait peut-être lui servir. Son estomac se décida malgré lui à pousser un grognement monstrueux et il baissa rapidement la tête en poussant un « et merde » des moins discrets qui soient. Elle allait se foutre de sa gueule, et il le savait. Pourtant, seul un petit rire traversa la pièce, et un regard sombre se posa sur lui. Ces yeux. Ils étaient apaisants, presque hypnotisants. Il préféra détourner les siens avant de dire une connerie qu’il viendrait à regretter, mais ne fit pas disparaitre cette image de sa tête. Le fauteuil face à la fenêtre semblait lui tendre les bras, et il s’y assit confortablement, profitant d’un instant de tranquillité. Son attaché case gisait encore à ses pieds, et dans un sens, il ne voulait pas l’ouvrir. Car ça impliquerait qu’il se lève, qu’il remonte en voiture, et qu’il continue à filer la tête brune que son employeur lui demandait de protéger. S’il avait voulu faire ce genre de boulot, remplir ce genre d’objectifs, il se serait constitué un CV pour devenir vigile dans une boite de nuit. C’était surement plus simple, et indéniablement moins dangereux.

 

    -    Bon alors, c’est quoi votre vrai prénom ?

 

La voix de la demoiselle était venue s’emparer du salon après avoir traversé la cuisine, et il poussa un long soupir. Si elle avait voulu le tuer, ce serait surement déjà fait…ou avait-elle pour instructions de ne pas l’achever tout de suite ? Il hésita un moment, voyant qu’elle n’insistait pas. Ce prénom qu’il détestait. « X » lui convenait parfaitement.

 

    -    Tu ne pourrais pas tout simplement te contenter de Benjamin ou de X ?
    -    Non. Vous vous fichez de moi parce que je m’appelle Alice, alors je…
    -    Alexy.
    -    Non !
    -    Jérôme ?
    -    Non plus…
    -    René-George…

 

Elle poussa un long soupir, avant de reprendre, faisant s’ouvrir en grand les deux yeux de son interlocuteur.

 

    -    Mauvaise réponse, Chander.
    -    Où est-ce que tu as eu ça ???
    -    Dans votre portefeuille.

 

Il s’était levé d’un bond, et fouillait maintenant ses poches. Comment avait-elle fait ça ? Il devait se rendre à l’évidence. En plus d’être chiante, cette gamine avait une étrange habileté à faire les poches des gens. Il n’y avait pourtant qu’une fausse carte d’identité, sur laquelle le nom de Chander ne figurait pas.

 

    -    Chander Miura. Né en 1976. Oh le vieux. Vous étiez mignon sur la photo !
    -    Tu insinues que je ne le suis plus ?
    -    Si, mais moins jeune !

 

Une forte envie d’étrangler cette fouineuse s’était emparée de ses mains. Elle ne savait pas à qui elle avait affaire, celle-là. Savait-elle d’ailleurs qu’il aurait pu lui arracher les yeux et lui ouvrir le ventre ? Il préféra pourtant ne pas s’enfoncer davantage et garda cette idée pour lui. Son téléphone eut la bonne idée de le tirer de la, et il décrocha presque avec soulagement, sous le regard de la jeune fille qui, il le savait, tenterait de capter la conversation.

 

    -    Hum ?

 

Elle entendait la voix grave à l’autre bout du fil, mais X savait qu’elle ne pouvait pas en comprendre le moindre mot.

 

    -    Je ne suis pas seul, je ne peux pas parler.
    -    …
    -    Tout de suite ?

 

La gamine eut l’honneur de discerner un « oui » autoritaire, et la conversation prit fin.

 

    -    Il a pas l’air gentil, votre employeur.
    -    …
    -    Vous devez partir ?
    -    Oui.

 

Pourquoi laisser cette petite toute seule, et par la même occasion sauter un repas qui pour une fois aurait pu être mangeable, lui laissait comme un arrière gout désagréable au creux de l’estomac ?

 

    -    JE VIENS AVEC VOUS !!! C’EST TELLEMENT EXCITANT !!!

 

Finalement, ce gout désagréable s’était estompé plutôt rapidement et il reprenait peu à peu l’envie de l’étrangler. Elle lui lança le regard de la petite fille qui ne comprend pas avant que sa voix ne traverse une fois de plus la pièce, sa petite note aigue venant marteler ses oreilles.

 

    -    Bah quoi ?

 

Il avait bien envie de répondre « je ne te supporte déjà plus », mais il savait qu’elle risquerait de hurler encore plus fort. Dur dilemme.

 

    -    Ok…ok, viens. Mais si tu l’ouvres, je t’étrangle.
    -    Je serai sage comme une image, comme une ombre, vous me remarquerez même pas, je ferai pas un bru…metmvoumetoumerezpaian…

 

Il gardait sa main sur la bouche de la jeune fille, mais apparemment ça ne suffisait pas à calmer son insatiable envie d’ouvrir sa grande gueule. S’il avait pu l’assommer sans trop s’en vouloir, il l’aurait fait.

 

    -    Tais-toi…je t’en supplie, tais-toi.
    -    Maiiiiiiiiiiiiiiiis j’vois pas pourquoi, puisqu’on est pas en train de suivre discrètement quelqu’un, et puis je dis des choses intéressantes, et je suis une femme, j’ai besoin de parl…

 

Elle avait coupé net dans ses propos, sous le choc, et lui-même était étonné de ce qu’il était en train de faire. Il aurait pu trouver n’importe quel moyen. Du coup de poing au rouleau de scotch. Mais sa seule idée avait été celle là. Sa langue en caressait tendrement une autre, et il se demanda un instant ce qui avait bien pu le pousser à faire ça. Il se détacha d’elle, doucement, laissant glisser ses doigts sur une joue douce et chaude, rougie par l’embarras. Un murmure s’échappa, le rendant presque tendre.

 

    -    Ferme-la…d’accord… ?
    -    D’accord…

 

Il prit le chemin de la sortie, la demoiselle sur ses talons. Quand il se retourna, elle détourna tout simplement la tête, serrant un peu plus fort contre elle ours en peluche blanc. Un sourire s’afficha sur les lèvres de X, un sourire plus amusé que pervers. Avait-il rêvé…ou cette gamine passait-elle réellement son temps à le regarder ?

 

 

**********

 

 

 

Loren n’avait pas bougé du salon. Et il avait la ferme intention d’y rester. Dans le hall, il pouvait sentir la haine et la fureur de son père, mêlée à l’amusement et à l’excitation de son amant. Pour sa part, il n’y avait que la peur qui parvenait à l’envahir. Il aurait aimé que son père fasse demi-tour, que tout s’arrête là. Qu’il accepte. Comme dans un beau rêve. Mais ses parents avaient toujours été surprotecteurs. Il fallait aussi dire qu’au long de ses dix neuf années d’existence, il n’avait rien fait pour leur prouver qu’il était capable de se débrouiller seul. C’est lorsque des pas commencèrent à claquer sur les marches de l’escalier qu’il se décida à passer la tête dans le hall.

 

 

Il avait entendu, légèrement, Anderson parler de fenêtres. Les fenêtres du troisième. Elles étaient grandes, au point qu’un homme puisse se tenir debout sur le rebord. Loren se demanda même un moment si ces fenêtres n’avaient pas été posées là sur un coup de folie d’Anderson, avec l’intention de pouvoir « jouer » si l’envie lui en prenait. Il grimpa lentement les marches en faisant un arrêt au premier. Devait-il aller plus loin ? Voulait-il aller plus loin ? La vraie question était surement celle-là. Sa curiosité l’emporta sur le reste, et ses jambes semblèrent se mettre en mouvement seule, sa main caressant la balustrade. Il tentait de se rassurer, se focalisant sur les sensations dans sa main, plutôt que les réflexions désagréables qui harcelaient son cerveau. Il calla son dos contre le mur du troisième, à quelques centimètres de la porte, mais n’osa pas entrer. Cette pièce, de l’autre côté, c’était comme l’autre coté du miroir. Le monde étrange d’Anderson. Le monde fou d’Anderson. Une décharge électrique parcourut son échine lorsqu’il l’entendit monter sur le rebord de la fenêtre, s’accrochant aux montants pour prendre un premier équilibre. La suite avait été affreuse à supporter, et il écoutait simplement Justin passer les bouteilles à son amant, et accessoirement à son père, lorsque ceux-ci le demandaient. Les demandes d’Anderson ressemblant plus à des ordres qu’à de simples réclamations, d’ailleurs.
Ce n’était qu’au bout d’une petite demi-heure que le jeu avait pris tout son sens. Les jambes commençaient à devenir douloureuses, la volonté de plus en plus fragile, l’alcool de plus en plus convaincant. L’auteur ne se demandait pas où en était son adversaire. Il le savait déjà. Il avait vacillé, deux fois, comme une flamme prête à s’éteindre. Anderson l’avait su, et ce grâce aux regards légèrement apeurés qu’avaient lancés les deux spectateurs. Mais il n’était pas tombé, au grand désespoir de l’écrivain, qui prit alors l’initiative d’entamer une bouteille de Punch, obligeant son adversaire à faire de même. Le père de Loren avait fini par trouver le petit jeu plutôt drôle. Ou alors, la bouteille et demie qu’il avait précédemment avalée lui avait donné l’illusion d’aimer ça. Anderson avait une demi-bouteille d’avance, et il le savait. Il renversa une nouvelle fois la tête en arrière et, du haut de ses quarante sept ans, se décida à ne pas perdre sur ce plan là face à un minet qui frôlait la trentaine. Son corps se déséquilibra lentement mais dangereusement vers l’arrière, mais il ne le remarqua pas. Il n’eut que le temps de sentir une main agripper son col et le tirer violemment vers l’avant, avant que son corps n’en heurte un autre, masculin, musclé. Deux bras se resserrèrent sans tendresse autour de lui, et ses yeux se fermèrent, ses tympans captant une dernière phrase, rageuse et agressive.

 

    -    Tu es cinglé, ma parole !!

 

Justin avait hurlé, à l’encontre de l’auteur, la peur et l’excitation mêlées dans sa voix. Anderson se laissa retomber sur le parquet du troisième, avec l’agilité d’un chat de gouttières et un sourire à demi ivre fixé sur les lèvres, qu’il ne tarda pas à perdre devant le ton de reproche de Justin.

 

    -    Et toi, tu n’es pas drôle.

 

Il se contenta de relever légèrement les sourcils et de contourner Loren quand il sortit de la pièce, ses pas s’éloignant dans l’escalier. Le brunet était resté là, comme paralysé, le regard rivé sur le mur en face. Il venait tout juste de réaliser. Ce soir, Anderson aurait pu tuer son père. Non. Ce soir, il avait failli tuer son père. Lui-même.

 

 

Plus bas, au deuxième, Anderson regardait inlassablement son reflet dans le miroir, et il avait l’impression de se retrouver, lui qui s’était tant perdu. L’image d’un autre s’afficha dans sa tête, et un sourire mort orna ses lèvres.

 

    -    Kim…et si je te disais que tout cela n’a été qu’un jeu ?

 

Son sourire s’éteignit brusquement. Un jeu qu’il avait perdu. Kim était mort parce qu’il avait perdu. Il fit glisser lentement ses doigts sur le miroir, caressant les lèvres glacées de son reflet, son menton, sa joue.

 

    -    Plus jamais. Oh non…plus jamais je ne perdrai.

 

Il quitta difficilement le couloir pour pénétrer dans sa chambre, ouvrit le tiroir du bureau, celui du bas, pour en sortir une arme dont il cala le canon contre sa tempe. Quelque seconde.

 

 

« Nos pions sont toujours debout, alors que les autres tombent,
Mais nous ne jouons plus sur les même couleurs, juste sur le même damier,
Et pourtant, je n’ai pas changé de camp…je suis toujours dans celui des mauvais. »

 

 

 

 

Humeur actuelle : Fatiguée / Très nyappy!
Musique actuelle : Blood of Hatred – Eternal Tears of Sorrow