Bonjour à tous! (Ou en tous cas à ceux qui sont encore là)
Je sais que c’est un peu contradictoire, mais me revoila avec un chapitre. Quelques difficultés et des gens pour me motiver - je pense spécialement à Louloute, même si l’on ne se connait pas plus que ça, chacun de ses commentaires est comme un grand bol d’air, et ça fait du bien - et je vous ponds la suite!
Je tiens de plus à vous présenter un blog, et si je le fais, c’est qu’il en vaut vraiment la peine. N’étant pas une grande fan d’histoires de vampires (je trouve que la plupart des auteurs qui tentent d’explorer le sujet ne le font pas correctement, ou pas pleinement, en tout cas), j’ai cependant trouvé dans ces textes une grande qualité de fond et de forme, mais aussi de style. En bref, ça faisait un bon petit moment que je n’avait pas eu de lecture de si bonne qualité. Je vous laisse le lien (Soie Rouge), n’hésitez pas à aller y faire un tour. Et au passage je fais un groooos bisou à l’auteur, Mélo, qui je sais passera par là!
Sinon, pour ce chapitre…certains vont surement le trouver tordu, voire invraisemblable, mais je me suis bien amusée, et je crois que je vais commencer à combler ceux qui voulaient en savoir un peu plus sur le passé d’Anderson, et surtout sur ce qui se passe actuellement dans l’histoire. Bonne lecture!
CHAPITRE 28
—– C’était ici qu’ils s’étaient donné rendez-vous. Cette nuit, Karl Anderson Singh, quinze ans, clope au bec et regard dans le vide, ne rentrerait pas chez lui. Et la raison était simple. Son être était empli d’une excitation qu’il prenait soin de ne pas laisser transparaître, par crainte de voir la réputation qu’il s’était forgée en prendre un sacré coup. Mais elle était indéniablement présente. Il l’avait fait. Certes, ça n’avait pas été volontaire. Mais le résultat était là, sous leurs yeux. De tous ceux qui se trouvaient dans la pièce, Anderson était le plus jeune. Il avait au creux de la voix cette note aigue propres aux adolescents de son âge. Mais de tous, à cet instant là, il était aussi le plus dangereux.
De l’autre côté, s’amusant à rouler un chewing-gum sous sa langue, se tenait un jeune homme d’un tout autre genre. Assis sur un bureau à coté d’une des nombreuses fenêtres condamnées par de lourdes planches, les yeux fermés, comme certain de ne courir aucun danger, ses cheveux sombres retombant sur son visage, il ressemblait à un figurant de tableau contemporain dont le titre aurait pu être « le calme intérieur ». Car bien que silencieux, pour une fois, Morgan ne semblait pas pour autant inquiété par la situation. Il ruminait là depuis un peu plus d’un quart d’heure, l’odeur de viande froide ne le dérangeant pas plus que ça dans son activité.
Anderson essayait de ne pas le regarder. Morgan. Il ne connaissait rien de lui, à part les quelques histoires qui se racontaient dans le cadre de leurs activités. Deux ans de plus que lui, le genre de force qui reste tranquille jusqu’à ce qu’elle vous saute dessus. Et pour ça, le blond se méfiait. Que pouvait-il bien se passer dans la tête de ce gars, derrière ses yeux clos et son sourire en coin ? Nul ici ne le savait, et nul ne voulait le savoir.
Anderson était un jeune homme tout à fait ordinaire. Ordinaire au point de ne plus prendre aucun plaisir à vivre sa vie banale. Trop banale. Il avait souvent rêvé de batailles, de guerres, de défis. Et des défis, il en avait trouvés. Deux ans plus tôt, sa mère était morte dans un accident. Il avait survécu au poids lourd qui avait percuté leur voiture, mais celle qui l’avait élevé avait succombé sur le chemin de l’hôpital. Quand il s’était réveillé, quelque chose avait fait tilt dans sa tête. La vie ne tenait qu’à un fil, un seul. Et il pouvait lâcher à tout moment. C’était si fragile. Et si simple à briser.
Son père avait rapidement sombré lui aussi, mais dans un autre genre de mort lente. L’alcool lui avait rongé l’âme, puis le corps. Et, à ses quatorze ans, Anderson avait quitté la maison. Ou plutôt, son père lui avait fortement conseillé de le faire lorsque celui-ci lui avait déclaré ne pas aimer les femmes, en ramenant son premier petit ami. Il avait erré un moment. La flicaille, ça n’était pas son truc, et demander de l’aide non plus. Alors aller la leur demander à eux, ça aurait été le comble du comble. Il s’était assis sur un banc, un soir, trop fatigué pour marcher encore. —–
Anderson cligna légèrement des paupières mais ne trouva pas la force d’ouvrir les yeux.
—– Il faisait froid. Et dans la rue dans laquelle il trainait, un homme couvert de sang était venu rendre son dernier souffle. Anderson ne savait pas trop pourquoi, mais à cet instant là, il avait trouvé ça beau. Une forme d’art comme une autre, mais plus expressive, plus puissante. Il ne s’était pas approché, mais eux, si. Un homme l’avait regardé et lui avait laissé le choix. Le suivre ou finir par mourir là. Et Anderson avait choisi rapidement, beaucoup trop rapidement.
Les semaines après ça s’étaient enchainées. Et le jeune Karl, parti de rien, avait trouvé sa place dans un cercle très fermé duquel il ne pourrait plus jamais sortir…ou dans une caisse en bois, comme le pauvre type qui était venu mourir sur le pavé. Mais il y avait pris gout. La vie n’était plus qu’une série de jeux dont il apprenait les règles. Aux côtés de celui qu’on appelait « The Game ». Le cercle était composé d’hommes et de femmes qui, durant la journée, reprenaient leurs vies respectives. Pour la plupart, de riches chefs d’entreprises qui cherchaient à pimenter une vie qui leur avait offert tout ce qu’ils avaient désiré. Mais beaucoup d’entre eux voulaient plus que ça. Ils voulaient quelque chose de plus fort. Ils voulaient être Dieu, tous autant qu’ils étaient. Pouvoir faire ce que tout le monde ne ferait pas. Ce que leur pognon ne leur permettait pas de faire. Décider de la vie, et de la mort.
Ceux qui entraient, parfaits volontaires, ne ressortaient pas. La nuit, on jouait. Défis, jeux de douleurs. Jeux de patience. Et parfois, mais c’était tellement rare, jeux de mort. Anderson n’avait assisté qu’une seule fois à ce dernier genre de jeux, en tant que spectateur. Il avait trouvé ça incroyable. Mais la partie humaine qui restait en lui se refusait à jouer à ça. Il avait donc opté pour des jeux de douleurs. Il en avait souvent perdus, et il en avait gagné, de plus en plus. Puis un soir, une nuit… —–
Les voix autour de lui, les mots qu’il ne comprenait pas. Anderson sentit une main se resserrer autour de la sienne et parvint à esquisser un sourire. Elle venait le chercher. La mort, tendre maitresse, douce amante. Enfin. Elle se décidait enfin à le prendre lui. Ou alors…
—– C’était ici qu’ils s’étaient donné rendez-vous. Cette nuit, Karl Anderson Singh, quinze ans, clope au bec et regard dans le vide, ne rentrerait pas chez lui. De l’autre côté de la pièce, un jeune homme mâchait un chewing-gum avec un calme hors-norme, mais personne n’osait lui adresser la parole. Morgan, le roi couronné des jeux de douleurs, reconnu de tous. Un étudiant en psychologie surement plus dérangé que ses futurs patients. Personne ne pouvait prétendre le connaitre, ce type à qui il arrivait de sauter dans tous les sens, mais qui à chaque fois finissait là, à mâcher de la gomme en lançant de temps à autre un regard à la cible qu’il s’était choisie pour le prochain défi. Et Anderson l’enviait, celui qui avait la chance d’être reconnu et craint. Cet opposé sur lequel, contrairement à lui, personne n’avait jamais du oser marcher. Mais ce soir. Ce soir lui aussi prenait son envolée.
Au milieu de la pièce gisait un homme. Froid, une balle dans la tempe. On attendait « The Game », on attendait le chef. Celui qui viendrait vérifier que tout avait été fait dans les règles de l’art. Ce soir, Anderson avait joué à un jeu de mort pour la première fois. Une seule balle, un barillet, presser la détente en visant son propre crâne…l’un des deux devait finir par perdre. Et il avait apparemment gagné, puisqu’il était en vie. Et sa seule envie était de jouer encore. —–
Une voix chaude et tremblante traversa sa tête, et il se demanda s’il l’avait rêvée où si elle avait été réelle.
—– Il se souvenait tellement bien du sourire de The Game quand il était arrivé, et qu’il avait donné à la question « tu veux jouer à la mort ? » la réponse « oui ». Malgré le nombre important de personnes que regroupait ce cercle quasi qualifiable de secte, rares étaient ceux qui auraient été assez timbrés pour jouer à ça. Mais Anderson n’avait rien à perdre, et tout à gagner. A chaque jeu, le gagnant prenait des crédits au perdant. Dans le cas d’un jeu de mort, le gagnant prenait les trois quarts des crédits de son adversaire, et le reste allait à The Game. Parmi les nombreuses règles qui couraient dans ces jeux, Anderson en avait choisi une : ce sont ceux qui écrasent les autres qui s’en sortent. Et il avait décidé de s’en sortir. Il avait gagné sa place, et pas n’importe laquelle. Tout fonctionnait en binôme, et on lui avait donné le meilleur coéquipier qui soit. Le plus timbré de tous. Celui qui, quand il avait entendu son nom, n’avait même pas pris la peine d’ouvrir les yeux. Et ensemble, ils avaient pulvérisé les records. Ensemble ils avaient joué. A des jeux de douleurs, des jeux de mort. Mais aussi à un jeu tout nouveau qui ensuite s’était révélé bien plus dangereux. Un simple jeu d’amitié. —–
Anderson cligna à nouveau des paupières et la main qui tenait la sienne se serra un peu plus. Il ne voulait pas penser, il ne voulait pas retrouver cette réalité. Il voulait continuer à croire que cette main appartenait à celui qui était mort par sa faute.
—– Huit ans. Huit ans depuis son premier jeu de mort et sa rencontre avec Morgan. Anderson, jeune étudiant en lettres de vingt-deux ans, héritier d’une dizaine de comptes en banque chargés à bloc auxquels il ne pouvait pas encore toucher car il était l’heureux meurtrier de leurs propriétaires, se trouvait dans une grande salle des plus animées, un verre à la main. Il avait accompagné Morgan, compagnon de toujours et seul ami, à une soirée étudiante de la fac de psychologie. Il ne s’amusait pas. Mais voir Morgan entouré était une bonne distraction. Comme à son habitude, le jeune homme mâchait son chewing-gum, laissant les autres parler et se contentant d’écouter. Anderson avait remarqué qu’il faisait de l’effet aux filles, et il s’était dit que lui aussi aurait du adopter cette attitude bovine et ruminante. Au lieu de ça, Anderson restait dans son coin avec son habituel regard froid. Morgan lui avait juré, s’il acceptait de l’accompagner, de ne pas lui imposer ses « connaissances ».
Mais voila. Au bras d’une jeune fille de deuxième année qui entretenait la discussion avec Morgan se tenait un adorable jeune homme. Trop jeune homme. Anderson lui donnait dix-sept ans et trouvait réellement que cette fille ne s’emmerdait pas, à sortir avec des minets frôlant la majorité. Dans un sens, elle ne devait pas non plus dépasser les vingt et un ans, et les pensées d’Anderson étaient entrainées. Le calcul s’était rapidement fait, et un plan d’action s’était préparé de lui-même au creux de son cerveau. Pour une fois, il arrivait à se dire que d’avoir tant joué n’était finalement pas une mauvaise chose, dans le sens où il pouvait maintenant monter des plans incroyables et, par-dessus le marché, réussir à les mener à bien.
Il s’était approché d’elle. Morgan avait compris, et il les avait présentés l’un à l’autre, bien que sachant que la jeune Adeline était loin d’être le but que son cher Anderson s’était promis d’atteindre. L’étudiant en lettres avait rapidement conclu que le jeune homme était le frère et non l’amant de la demoiselle. Il venait de prendre une décision, sans prendre le temps de calculer son coup. Une décision qui allait lui couter bien trop cher. —–
Anderson poussa un long gémissement, et il capta le métronome incessant des machines qui se trouvaient autour de lui. Son esprit se concentra un moment sur la main qui serrait la sienne, et il eut l’impression d’être remonté quatre années auparavant.
—– Anderson sortait avec Adeline et, parallèlement, il passait ses nuits entre les bras du frère de cette dernière. Il avait réellement pris conscience de la cruauté du monde quand Kim lui avait avoué que la raison pour laquelle il n’était pas toujours disponible, c’était tout simplement parce qu’il se prostituait.
La discussion n’était pourtant pas venue d’elle-même. Kim avait su ce que faisait Anderson, et pourquoi lui non plus n’était pas toujours là. « Personne ne devra le savoir, jamais ». Et pourtant, Kim savait tout de lui, et Anderson n’avait plus aucun secret. Un soir, après un jeu de douleur un peu trop poussé, il avait fini sur un lit d’hôpital. Morgan lui avait sauvé la mise et avait gagné la partie, mais en meilleur état que lui.
Ce soir là, Kim était venu le veiller, laissant tomber ses activités. Il avait serré sa main dans la sienne, et il était d’abord resté silencieux.
– Je suis désolé.
Anderson n’avait trouvé que ça. Il n’avait plus que ça en tête.
– Pas autant que moi…tu n’aurais pas pu choisir un autre moyen de t’exprimer, plutôt que « ça » ?
Kim ne parlait jamais de jeux. Juste d’un « ça » dédaigneux.
– Autre chose de quel genre ? Du genre me prostituer ?
– J’aurais peut-être préféré.
– Tu ne sais pas ce que ça fait, de partager quelqu’un qu’on aime.
Kim avait ri.
– Je te partage avec Morgan ! Et parfois, j’ai l’impression qu’il est bien plus proche de toi que moi je peux l’être.
– Ce soir, il m’a sauvé la vie.
– Et demain, tu peux encore la perdre…
Anderson avait baissé les yeux. Il ne voulait pas de cette discussion, pas maintenant. Le risque de mourir, c’était toute sa vie. Elle était basée là-dessus.
– Karl…je peux te proposer quelque chose…arrête ces jeux débiles, c’est bon, tu l’as gagnée ta reconnaissance, tu n’as plus rien à prouver. Et en échange…tu arrêteras de me partager…
Kim ? A lui ? Seulement à lui ? Après tant de temps, Anderson avait fini par comprendre que la prostitution, pour Kim, c’était un peu comme les jeux pour lui. Kim ne manquait pas d’argent, c’était surtout un moyen de se sentir vivant et désirable. Un moyen de se prouver qu’il avait sa place. Mais s’il pouvait le garder, pour lui seul, alors Anderson ferait tout, et n’importe quoi. Et ce qu’il allait faire, c’était surtout n’importe quoi.
– Tu sais que je peux pas, Kim…ceux qui rentrent ne sortent jamais. A moins que…
– Que ?
Il n’avait pas répondu, mais comme toujours, son cerveau avait déjà fait tout ce qu’il fallait. Le jeu le plus tordu de la création…mais s’il gagnait. Effectivement, on ne pouvait pas sortir vivant.
A moins que. —–
Loren tenait fermement la main de son amant, avec l’espoir de le voir se réveiller, alors que Justin se contentait de rester dans un coin de la chambre dans laquelle ils se trouvaient tous les trois. A voir Anderson s’agiter comme ça de temps en temps, il devait rêver. Et le rouquin espérait que ce soit un beau rêve. Même s’il en doutait.
—– Anderson était sorti de l’hôpital le lendemain matin, et il avait fait une promesse à Kim. Celle de décrocher, définitivement. « Pourras-tu continuer à m’aimer en te disant que j’ai tué ? Que tu sors avec un meurtrier ? ». La réponse avait été claire et Anderson avait souri. Effacer son passé, effacer les gens qu’il avait meurtris.
« Tout fonctionne par binôme. Tu seras avec Morgan. Surtout, ne lui tourne pas le dos ». Morgan avait effacé son dernier coéquipier, et Anderson avait trouvé ça génial. Et aujourd’hui, il savait qu’il pouvait lui tourner le dos, sans risque. Et ce qu’il allait faire, ça allait briser cette confiance qui s’était installée entre eux. « J’accepte tous les défis. Celui qui me tue prend ma place. Je te laisse imaginer combien ont tenté. Je te laisse aussi imaginer combien y ont survécu ». The Game. Qui tuait The Game, devenait The Game. Ce soir là, Anderson avait tenté. Il avait tenté et il avait gagné. A la déloyale, sans suivre les règles.
Un jeu devait toujours se dérouler entre personnes consentantes, dans le cadre du cercle, avec témoins. Anderson avait violé les trois règles en même temps. Il avait effacé The Game, pas comme l’aurait fait un joueur des plus courageux. Mais comme un meurtrier. Il lui avait tiré une balle dans la tête et avait laissé là de quoi faire accuser Morgan. Un chewing-gum de ceux qu’il avait l’habitude de mâcher, avec ADN présent à l’appui. Il savait bien que ça aurait du mal à passer. Qui irait cracher son chewing-gum sur le cadavre de l’homme qu’il aurait tout juste assassiné ? Mais pendant une bataille, il était simple d’ouvrir la bouche une fraction de seconde et de le perdre. Avoir tué The Game ne changerait rien au règlement…mais perdre Morgan, c’était sa seule chance. Pour les autres « joueurs », Morgan devenait le nouveau The Game. Pour les autorités compétentes, et puisque personne ne serait là pour faire disparaitre le corps, il devenait un assassin. Et si The Game venait à être arrêté, alors ça impliquait la fin. La fin de ce jeu. La fin de tout.
Anderson avait calculé. Tellement bien calculé. Morgan serait pris, il parlerait de ses activités, de cette histoire. Mais il ne balancerait pas ses copains. Et tant qu’on ne prenait pas Anderson à trainer ici, Morgan serait loin de se douter qu’il puisse être la cause de tout ça. Tellement de personnes lui en voulaient, tellement voulaient le faire tomber. Il ne penserait pas un instant qu’un ami de longue date ait pu lui faire un coup pareil. Il écoperait de ses années de taule, et quand il en sortirait, tout ça ne serait plus qu’un vieux souvenir.
S’il fallait gagner une partie, c’était celle-là. Et c’est justement celle-là qu’Anderson avait perdue.
Morgan avait aggravé son cas en supprimant l’inspecteur chargé de l’enquête et s’était fait la malle sous le nez de tous. Il avait retrouvé Anderson, et à cet instant là, il avait compris. Il avait tenté de le tuer mais n’avait pas eu le temps, ou il aurait surement réussi son coup. Alors il avait juré de lui enlever tout ce qu’il aurait de plus cher, jusqu’à sa vie, si un jour elle venait à prendre de l’importance pour lui. Puis il avait disparu. Et personne n’avait jamais remis la main dessus.
Deux ans plus tard, Kim était mort. Il avait fini au lit avec un homme qui avait été assassiné pendant la nuit. Anderson n’avait jamais voulu croire que Kim ait pu le tuer. Mais l’arme du crime était entre ses mains, ses empruntes plein l’appartement, et les vêtements qu’il avait laissés au sol, couverts de sang. C’étaient là des preuves suffisantes contre lui. Après quelques mois de pression, Kim s’était suicidé, et ses derniers mots avaient été des excuses, et l’expression de ses sentiments envers l’homme qu’il abandonnait. Anderson avait ramassé son corps en bas, et il avait arrêté de vivre.
Après deux ans, il avait accusé Adeline. Si Morgan avait voulu revenir, d’après lui, il l’aurait fait bien avant. Aujourd’hui, il n’en était plus si sur. Aujourd’hui, c’était Loren qu’il voulait lui prendre. Et cette fois, Anderson ne se relèverait pas. Il avait tout simplement perdu. —–
Loren caressa un instant la main de son amant, puis fixa à nouveau le mur, de l’autre coté. Son monde s’écroulait lentement, et puisque tout cela n’était qu’un jeu…
Il se laissa soupirer, loin de se douter que quelque part, un homme qu’il ne connaissait pas avait pris l’idée de le tuer.
*****
Mikhaïl attendait patiemment. Sans un bruit, allongé sur le ventre, les cuisses serrées autour de la branche sur laquelle il s’était posté pour se maintenir dans un équilibre parfait, il veillait. En contrebas, Sven aussi avait adopté une position particulière. Les jambes légèrement fléchies, les épaules en avant, le regard fixé sur le chien en face de lui. Mikhaïl lui trouvait un coté aussi attendrissant que crétin. Comptait-il réellement se battre contre une bestiole de cette taille, sachant qu’une deuxième se trouvait aussi derrière lui ? C’était aussi suicidaire que de se mettre à courir avec une tranche de rosebeef accrochée à la jambe.
Le brun laissa la crosse de son sniper se caller tendrement au creux de son épaule et pencha légèrement la tête. Son point d’appui était parfait, sa cible parfaitement alignée, sa concentration absolue. Mais il ne voulait pas tirer, pas maintenant. Si Sven pouvait flipper encore un peu, c’était aussi bien, lui qui avait osé lui promettre de ne pas se foutre dans la merde ce matin. « Je vais faire des courses ». Mikhail lâcha un sourire en se disant que son petit ami avait une façon très particulière de chercher de quoi remplir le frigo.
L’animal remonta un peu plus ses babines, affichant de terribles crocs. La première pensée du brun, qui avait l’honneur de voire la scène à travers le viseur, fut que cette belle bête avait un besoin urgent de se brosser les dents. Pour Sven, par contre, ça devait être beaucoup moins drôle, puisqu’il risquait fortement de finir en morceaux entre ces fameuses canines.
Au moindre geste…au moindre. Mikhail avait appris, au fil de traques interminables, que le meilleur moment pour tirer était celui pendant lequel la cible n’aurait pas la possibilité de s’écarter. Et l’animal fonçant sur Sven, si le brun réussissait son coup, il lui mettrait une balle en pleine tête sans même que le molosse ne s’en rende compte. Il remonta le canon en direction du front, prêt à changer de cible après le premier tir. Quand le premier attaquerait, le deuxième ferait de même.
Sven tenta un pas sur le côté, ce qui sembla ne pas réellement plaire à son poursuivant, qui se jeta immédiatement sur lui. Le blond se pencha vers l’avant, les bras repliés devant sa tête et les yeux fermés, prêt à réceptionner un monstre qui devait bien peser autant que lui, si ce n’était plus. Les secondes semblèrent être des éternités, torturées par la boule qui s’était formée au creux de son estomac. Mais pas de choc, pas de recul. Un couinement aigu, puis un second dans la foulée, rapidement, comme si…Sven n’eut pourtant pas le réflexe d’abandonner sa position. C’était rassurant, c’était trop tôt. Il ouvrit doucement un œil, un spectacle dérangeant se jouant devant lui. Le chien était allongé sur le flanc, dos à lui, la tête tournée sous l’impact d’une balle tirée de près, et Sven préférait ne pas aller voir à quoi il pouvait maintenant ressembler vu de face. Le détective n’eut aucun mal à déterminer l’angle de tir, et une étrange facilité à reconnaitre le style rapide et efficace de celui qui avait signé cette œuvre d’art. Mikhail était là, dans son dos, et Sven avait l’étrange impression de sentir le viseur pointé sur sa nuque.
- Faire des courses, hein ? Je vais te tuer…
Le détective savait que son petit ami avait une fâcheuse tendance à être agressif quand tout ne se passait pas comme il l’avait prévu. Mais il n’imaginait pas à ce point.
- Pour si peu ?
- Je connais ce type, Sven ! Je viens de buter deux de ses chiens, tu crois qu’il va m’accueillir comment ? Ces sales bêtes valent une fortune…
- Pas vraiment dérangeant pour un gars qui a une baraque pareille.
Derrière lui, Mikhail se laissa habilement tomber de la branche sur laquelle il s’était posté et calla son arme sur son épaule. Sven laissa son regard parcourir un moment le long corps métallique du sniper.
- Tu sais que cette chose est faite pour tirer à trois cent mètres, et pas à dix ? Tu m’étonne, que le chien ait une sale gueule.
- J’ai trouvé ça marrant !
- Tu mériterais que le type de la dernière fois t’arrache un œil.
Le détective sentit ce frisson si expressif parcourir le dos de son amant. Le même que ce matin là, quand ils s’étaient tous les deux réveillés dans ce petit sous-bois, où les attendait sagement le cadavre de ce qui semblait avoir autrefois appartenu à la race humaine.
- Je continue à dire qu’un homme ne peut pas faire ça ! C’était une bête.
- Une bête pend ses victimes, maintenant ? C’est tout simplement un homme, et tu peux remercier tous les saints que tu veux que ce fou-furieux soit avec nous plutôt qu’en face.
Mikhail préféra se taire. Dans tout les cas, sa plus grande envie n’était pas de le rencontrer. Il fit un pas, retournant l’animal avec son pied et l’admirant quelques secondes avant de caller une nouvelle fois son arme sur son épaule et d’avancer vers la villa qui semblait maintenant leur tendre les bras.
- C’est sur…Andréas va me tuer.
Sven ne répondit pas mais trouva judicieux de le suivre. C’était lui qui connaissait cet endroit, lui qui connaissait ce type. Lui qui pourrait le convaincre de « pirater » le relevé téléphonique en ligne d’Adeline. S’ils réussissaient ce coup, ils pourraient enfin en apprendre un peu plus sur ce qui générait et entretenait tout ce merdier. Mais s’ils échouaient…
Sven lança un regard à Mikhail, fixant ses omoplates, son dos, avec l’irrésistible envie de le prendre dans ses bras. S’ils échouaient, ce serait lui, l’homme qu’il avait cru ne jamais pouvoir embrasser à nouveau. Ce serait cet homme qu’il chérissait tant. Ce serait lui, Mikhail, qui deviendrait la cible d’un homme qui, au final, avait un cran et un gout pour l’horreur qui dépassaient les limites de l’imaginable.
X tentait de ne pas gémir, de ne pas soupirer. Mais ces frissons le long de ses reins, cette faiblesse qui commençait à drainer ses cuisses, cette irrésistible envie d’ouvrir grand ses lèvres et de laisser sa gorge s’exprimer. Ca, il ne pouvait plus le contrôler. Il se maudissait, ce sentiment se mêlant à la perfection à la sensation de bien-être qui s’était emparée de lui et ne comptait à présent plus le laisser fuir. C’était un équilibre parfait que même lui devait reconnaitre.
Il se laissa tomber à genoux, face à la fenêtre, essayant en vain de concentrer ses pensées sur le jardin, au dehors. Mais cette main fine et douce ne l’avait pas lâché, et ce petit corps féminin était tombé à genoux avec lui, le buste contre son dos, un souffle chaud caressant presque timidement le bout d’épaule qui avait eu la chance d’échapper à sa chemise. Il laissa son esprit plonger alors qu’Alice, à genoux derrière lui, avait décidé de resserrer ses cuisses nues autour de lui, offrant une chaleur irrésistible à ses reins. Des dessous en dentelle caressaient le bas de son dos, sous cette petite jupe remontée, et X savait que bientôt, il deviendrait fou. Assez fou pour se retourner et la prendre avec passion, là, sur le sol, n’importe où. Elle le voulait…alors…non. Chander ne pouvait se résoudre à ça. Penser avec sa queue, ça lui était si rarement arrivé. Il avait toujours écouté sa tête. Et sa tête lui hurlait de mettre fin à ça. Tant qu’il était encore temps. Tant qu’Adeline ne les avait pas encore surpris là, lui comme un chien en manque, et Alice le caressant. Il aurait tout de même des comptes à rendre, il le savait. Son employeur n’allait pas apprécier le fait qu’il soit devenu père adoptif, et encore moins le passe temps préféré d’une demoiselle un peu collante. Ses pensées s’effacèrent lorsque des lèvres vinrent pincer tendrement son oreille, et il donna un léger coup de reins dans cette main chaude. Elle avait été si froide, cette main. Mais le mouvement de va-et-vient qu’elle entreprenait depuis maintenant un petit moment avait réussi à la réchauffer…et à le réchauffer lui. Chander déglutit péniblement et laissa ses reins exprimer leur désir. Une deuxième main se posa sur sa cuisse, en caressant l’intérieur avec une tendresse sans égale. On ne lui avait jamais fait un truc pareil. Jamais une femme ne s’était trouvée derrière lui, jamais il ne s’était senti dans une position de faiblesse…et il devait avouer qu’il trouvait ça aussi excitant que déroutant. Parce que là, à cet instant précis, Alice le tenait. Dans tous les sens du terme. Elle était seule maitresse de son plaisir, capable de le stopper net ou au contraire de le pousser sur une dernière accélération. Et à ce stade là, X sentait que si elle décidait de s’arrêter, il aurait du mal à l’accepter. Mais on ne force pas une femme, et encore moins une gamine de son âge. Ou en tout cas, il n’était pas de ce genre là. Il reconnaissait être un parfait salopard, mais il avait des limites.
Ses reins s’agitèrent encore, son cœur accéléra la cadence, entamant une course folle qu’il ne pourrait terminer que lorsque son corps se libérerait de cette étreinte affolante. Il se redressa, une dernière fois, la main d’Alice entamant un mouvement long mais rapide, et cette fois ses dents resserrées sur sa lèvre inférieure ne suffirent pas à masquer le long râle qui était né dans sa gorge. Puis le vide. Tout redevenait plus lent, maintenant. Tout redevenait plus doux. Et il se laissa tendrement retomber vers l’arrière, certain de trouver sa place contre un corps moins chaud que le sien, mais tellement accueillant. Il sentit les bras d’Alice se resserrer autour de lui et une main rattacher tant bien que mal sa ceinture. Des doigts fins et habiles remonter dans ses cheveux. Il le sentait, ce liquide chaud, sur son ventre, descendant sur sa cuisse…mais il n’avait pas envie de bouger. A cet instant précis, il n’en avait plus rien à cirer. Deux lèvres douces agressaient sa mâchoire, avec une lenteur infinie, le chatouillant parfois. C’était comme un doux rêve. Quelque chose qu’on ne lui avait que rarement donné, et qu’il avait refusé à chaque fois, ou presque, que quelqu’un avait tenté. Mais il ne voulait pas, pas cette fois. Il ne pouvait pas. Il avait besoin, pour une minute, de tout oublier. D’ailleurs, il ne s’en était pas rendu compte. Mais Alice, si. Il n’avait pas la tête à ça, mais elle, sans stopper ses caresses, avait tourné la tête et relevé les yeux.
- Eh bien, quel joli sourire !
Chander sembla soudainement se réveiller. Tout lui revenait. L’endroit où ils se trouvaient, ce qu’ils y faisaient, et surtout, surtout…qui venait de faire irruption dans la pièce. Une longue cigarette à la bouche, debout, se tenant bien droite, Adeline avait baissé ses yeux sur eux. Chander se releva difficilement, effaçant le soi-disant sourire qui s’était installé sur ses lèvres, abandonnant un instant Alice qui n’avait pas l’air décidée à bouger. Mais il sentait qu’il ne tiendrait pas debout très longtemps. Il avait besoin de dormir un peu. Décalage horaire, nuits blanches, et des journées à courir dans tous les sens…il n’avait plus seize ans, et cette petite partie de plaisir avec Alice avait fini de l’achever. Il ne pouvait pourtant pas sauter sur le premier canapé et fermer les yeux. Non, il lui fallait maintenant quelque chose pour faire oublier à Adeline ce qu’elle venait de voir. Ou en tous cas, pour qu’elle ne garde pas ça en tête tout au long de la conversation.
- Ils ont changé de couleur…
Chander avait désigne les ongles impressionnants de son employeur d’un petit signe de tête et Adeline avait lancé un regard victorieux à Alice. La jeune fille s’était alors contentée de la regarder méchamment.
- Tu as remarqué ? J’aime beaucoup quand tu me regardes.
Eternel séducteur, Chander se contenta d’un « faux sourire spécial accrochage d’hôtesses de l’air », qui eut pourtant l’effet inverse sur Alice.
- Mais dis-moi, Chander. C’est une discussion sérieuse. Alors si ton jouet pouvait sortir de la pièce…
X sentit le petit sourire de la jeune fille, qui ne s’était toujours pas levée et n’avait pas l’intention de le faire. Il disparut immédiatement lorsque l’homme ouvrit la bouche.
- Tu pourrais sortir une minute ? Ce ne sera pas long.
Elle se leva sans un mot et obtempéra, consciente que l’énerver n’était pas la meilleure chose à faire, mais ne se gêna pas pour marmonner toute seule une fois qu’elle eut passé la porte. Il ne savait pas pourquoi, mais à cet instant là, X avait eu une idée des plus étranges. Une idée qui aurait été loin de lui traverser la tête en temps normal. La rejoindre dans le couloir, et lui faire ses excuses. Dans un élan de fainéantise, il s’assit tout de même sur le canapé et se décida à se concentrer sur ce qu’allait lui annoncer Adeline, sans se douter que dans le corridor, une oreille s’était confortablement collée contre la porte.
*****
Son malaise aurait pu passer inaperçu, si ça n’avait pas été Sven qui marchait derrière lui. Mikhail semblait entreprendre tous les tours et détours qui leur permettraient d’atteindre la villa le moins rapidement possible. Non pas que cela commençait à agacer le détective, mais il devait avouer qu’après l’épisode des chiens, il avait du mal à tenir sur ses pauvres muscles à moitié tremblants. Il aurait aimé attraper Mikhail, se laisser tomber avec lui dans l’herbe, et se reposer au soleil, juste là. Et ça lui aurait plu, à son chasseur de têtes, il en était certain. Mais voila. Le temps leur était compté et ce n’était pas en tremblotant comme ça qu’il parviendrait à tirer Mikhail de l’énorme merde dans laquelle ils s’étaient tous les deux foutus. Mais lui, il n’avait pas d’importance. Ce qu’il voulait, c’était que son amant s’en sorte. Que ces yeux bleus restent ouverts, que ce sourire puisse encore se graver sur ces jolies lèvres. Sven était prêt à mourir pour ça.
Il avait longtemps cru que l’amour n’existait pas. Il avait longtemps cru que sa vie ne lui était pas si importante, et qu’il pouvait la perdre sans regrets. Mais un soir, alors qu’il avait enfin retrouvé la cible qu’on lui avait demandé de chercher, cette dernière était morte. D’une balle dans la tête. Simple, d’une précision effroyable, avec un style qui avait fait vibrer le jeune détective, jusqu’au plus profond de son âme. Il était tombé amoureux de cette ombre qu’il avait vu se fondre dans la nuit, de ce donneur de mort. De la mort elle-même, si belle dans son manteau de ténèbres. Ce soir là, Sven était tombé pour le point rouge d’un viseur sur sa poitrine, pour d’incroyables yeux bleus soulignés par la nuit. Pour cet homme qui l’avait épargné. Et, comme un papillon de nuit qui aurait eu la chance de voir le soleil se lever le matin suivant, il avait savouré la vie. Pour la première fois. Il l’avait cherché, il l’avait traqué, des jours et des nuits entières, sans dormir, sans repos. Il avait couru derrière un homme invisible pendant plus de huit mois. Mikhail, celui qui deviendrait son associé…et son amant.
Sven ne manqua pas à sourire en se remémorant leurs débuts. Il ne pouvait pas le perdre, il ne devait pas. Lui, qu’il avait eu tant de mal à obtenir, tant de mal à convaincre. Tant de mal à comprendre, aussi. Le brun n’avait pas le même mode de pensées que le commun des mortels. Il vivait dans un monde peuplé de GI Joes, et dont l’empereur sacré aurait pu être Action Man. Il ne voyait absolument que ça. Rares étaient les peurs de Mikhail. Et pourtant, dans son jeu vidéo grandeur nature, il concevait l’existence de créatures surnaturelles, capables de tuer les hommes. Même si cela pouvait être pratique, car il pouvait partir au combat sans aucun sentiment de peur, de regrets ou d’appréhension, Sven y trouvait un large handicap. Combien de marque son amant avait-il gardées? Combien d’impacts de balles? Combien de fois avait-il fini dans une chambre d’hôpital, entre la vie et la mort? Le détective avait peur qu’un jour le message "Game Over" s’affiche sur l’écran de l’électrocardiogramme.
Mais si une chose avait été belle, c’était ce sentiment qu’ils avaient découvert ensemble, l’un contre l’autre. Cette nuit où Mikhail l’avait trainé jusqu’à la maison. Cette nuit où Sven avait reçu une lame, en plein abdomen. Il ne se souvenait pas trop de ces longues heures où celui qui allait devenir son amant s’était occupé de lui. Il se rappelait d’une aiguille plantée dans son bras, de la brume qui s’était installée autour de son cerveau et des quelques mots rassurants qui l’avaient traversée. Il se souvenait de sa faiblesse, et de l’acharnement de son camarade. Il se souvenait du matin suivant, de ce matin douloureux. D’une longue semaine passée entre le chaud et le froid, pendant laquelle Mikhail l’avait veillé, sans ne jamais sortir. Et de la façon dont, tous les deux, ils s’étaient montré mutuellement à quel point ils étaient heureux d’être en vie, du moment qu’ils étaient là l’un pour l’autre. Celui qui avait été un ami était finalement devenu bien plus que ça. Mais après quelques années de vie commune et une dernière nuit de plaisir amer, Mikhail était parti. Avec l’idée de ne jamais revenir.
Sven essaya d’effacer ce dernier instant de son esprit. Le destin lui avait ramené celui qu’il considérait comme sa vie, et il ne le laisserait plus jamais le lui reprendre.
- A quoi tu penses?
- A toi.
Mikhail lui lança encore une fois le plus beau de ses sourires.
- On y est. Tu penseras à moi plus tard.
Le détective hocha simplement la tête et dépassa son amant, décidé à finir ce qu’ils avaient commencé, mais il fut tiré vers l’arrière et deux lèvres douces s’emparèrent jalousement des siennes. Il ferma un instant les yeux, puis les ouvrit légèrement pour croiser ceux de Mikhail. Sven était absorbé par ce bleu profond, prêt à s’y noyer. Oui. Que ces yeux bleus restent ouverts, et qu’un sourire puisse se graver sur ces jolies lèvres. Encore et encore. Il donnerait tout.
*****
Justin laissait ses pensées vagabonder. Depuis une matinée maintenant, Loren tenait la main d’Anderson, sans un mot. La seule source de mouvement dans la pièce était ce même écrivain, qui s’agitait de temps à autres dans son sommeil. Le rouquin avait une confiance infinie. Le grand Karl Anderson Singh, roi incontesté du jeu crétin, ne pouvait pas mourir comme ça, dans un simple "accident" de voiture. Avec la certitude que l’auteur n’allait pas tarder à se réveiller, Justin avait commencé à penser à autre chose. Ou plutôt : à quelqu’un d’autre. Nael aussi était du genre à se tirer de toutes les situations, mais pour une raison qui lui était inconnue, le rouquin avait du mal à se dire que tout allait bien. Il se demandait souvent pourquoi cet idiot de blond lui manquait. Leur histoire était basée sur le cul, et chacun savait qu’il n’avait pas à en demander plus à l’autre. C’était, dans un sens, aussi rassurant que c’était triste.
Justin espérait tout de même que Nael aussi puisse de temps en temps penser à lui. Ce n’était surement pas de l’amour, mais juste cette envie de se dire qu’une personne était à lui, et que ses pensées lui appartenaient un minimum…ou alors…Pour la dixième fois au moins ce matin, le rouquin chassa cette voix de sa tête, celle qui lui murmurait "et si ce n’était pas qu’une histoire de sexe?". L’envie de voir Nael s’était étendue en lui, mais n’avoir aucun moyen de le contacter le torturait. D’habitude, c’était le blond qui faisait en sorte de le retrouver. Où qu’il soit, quoi qu’il fasse. Il trouvait le moyen de le harceler, jour et nuit. Et aujourd’hui, alors que Justin avait envie qu’on l’emmerde, cet idiot de type en perdait l’occasion.
- Morgan…
Le rouquin tourna la tête. Si en plus de bouger, Anderson se mettait à parler, ça allait devenir folklo. Surtout si c’était pour prononcer un prénom masculin autre que celui de Loren. Justin remarqua d’ailleurs que ce dernier avait légèrement baissé la tête, sans pour autant lâcher la main de son amant.
- Tu crois que c’est qui, "Morgan"…?
- Pas un de tes rivaux, en tout cas.
Loren sembla reprendre un peu d’espoir mais ne lâcha pas l’affaire.
- Qu’est ce qui te fait dire ça?
Le rouquin se contenta de pouffer.
- Qui voudrait d’Anderson?
Le regard de Loren remonta sur lui, mais il s’y attendait. Un regard noir, rempli d’ironie. Peut-être que le brunet avait pris ça pour une insulte, même si ce n’était pas ce que Justin avait voulu dire. Mais au grand étonnement de ce dernier, la réponse du jeune homme fut directe.
- Commençons par toi.
Le rouquin pouffa une nouvelle fois, bien que déconcentré par l’affirmation.
- Moi?
Il ne savait pas quoi dire d’autre. Il aurait aimé sortir quelque chose, mais rien ne venait.
- Moi, avec Anderson? Tu rigoles? En plus, de toute façon, j’suis amoureux.
Le silence s’était installé dans la pièce et Justin se rendit compte que Loren ne se gênait pas pour lui lancer le plus inquisiteur de ses regards. Un regard d’enfant intéressé par le jouet qu’il savait être caché sous le joli papier cadeau. Mais il n’ouvrait pas la bouche, ôtant à son interlocuteur le plaisir de savoir ce qu’il avait pu dire de si étonnant.
- Bah quoi? Qu’est ce que j’ai dit?
- Amoureux.
- Hein?
- C’est ce que t’as dit.
Loren explosa de rire après ses derniers mots, devant le regard incrédule d’un Justin qui ne se souvenait pas avoir sorti un truc pareil. Son esprit se figea à nouveau sur Nael, et cette conasse de petite voix revint faire un tour dans sa tête, son éternelle petite rengaine tournant à cent à l’heure. "Et si ce n’était pas qu’une histoire de cul?". Le rouquin tenta de ne rien laisser paraitre, mais il savait qu’en face, Loren était loin d’être con.
- Au lieu de t’occuper de moi, essaye de penser à toi. Je ne sais pas qui est Morgan.
Loren baissa à nouveau la tête.
- Nael sait où est Adeline…
Justin se contenta de froncer les sourcils. Cette histoire ne le concernait pas. Mais il sentait bien qu’il n’y avait rien de bon là-dedans et il voyait, à l’expression que Loren portait sur le visage, qu’il ne se trompait pas.
- Et toi, tu sais où est Nael…
Le rouquin tourna son regard vers lui mais ne répondit pas, ne sachant que trop bien ce qu’il avait derrière la tête. Loren prit une inspiration avant de se lancer.
- Je vais rendre visite à Adeline…et toi tu viens avec moi.
"Te souviens-tu de quelques mots, griffonnés à la hâte, sur la couverture d’un livre ?
Je n’avais pas menti, et tu n’as plus le choix :
Certains chemins sont faits pour se croiser plus d’une fois."